Mon approche humaniste et féministe de la sexothérapie

Au même titre que dans les thérapies individuelles, il est important, dans les thérapies de couple d’interroger les règles de l’amour monogame et romantique afin que les individus fassent le choix des limites et des accords qui leur conviennent plutôt que de reproduire des injonctions sociales de façon non-conscientes. Le/a sexothérapeute Meg John Barker a consacré différents articles destinés à aider les thérapeutes qui souhaitent accompagner leurs client/es à découvrir les façons d’entretenir des relations qui leur conviennent et à trouver un équilibre entre liberté et liens affectifs[2]. Interroger les normes du couple et de la monogamie permet également d’envisager les relations affectives comme des arrangements sans cesse en mouvement et en évolution plutôt que comme des rapports de possession mutuelle définitive.
Les thérapeutes et éducatrices sexuelles Dossie Easton et Janet W. Hardy ont consacré en 1997 un ouvrage à la question de l’éthique des relations amoureuses et sexuelles libres. Libres, non au sens d’une liberté prise sur les dos des partenaires, à grands renforts de mensonges, de jalousie et de conflits, mais au sens d’une liberté permise par la remise en question des injonctions de l’amour romantique (en duo exclusif, possessif, jaloux, définitif, magique). De façon paradoxale, la liberté promue par Easton et Hardy repose sur un ensemble de règles éthiques, définie par les différent/es protagonistes inclus/es dans la relation, qui encadrent les possibilités d’aimer et de jouir librement et affranchissent de la culpabilité, de la honte et des lois du secret qui régissent habituellement les amours infidèles.
Récemment traduit en Français, La Salope éthique est loin de constituer une condamnation sans appel des relations monogames. Ce livre offre au contraire aux lecteur/ices et aux thérapeutes un ensemble de conseils visant à améliorer l’ensemble des relations affectives, des relations amicales aux relations sexuelles en passant par les relations familiales et conjugales. Les auteures insistent ainsi sur la capacité à écouter et accepter les besoins, les craintes et les limites de son/ses partenaires et exprimer les siens ; à assumer ses sentiments et à être indulgent/e et honnête envers soi-même (accepter le fait que l’on ressent de la jalousie, que l’on se sent malaimé/e, que l’on a besoin d’affection) sans dénier ce ressenti. En effet, ce serait en cherchant à rejeter nos émotions qu’elles nous feraient le plus souffrir. Elles écrivent : « Les sentiments aiment être entendus – ceux des autres ainsi que les vôtres. Dès que vous comprenez qu’écouter est bel et bien une activité constructive, de même que demander à quelqu’un de vous écouter, ce sera plus facile à gérer de vous ouvrir à ces sentiments problématiques et d’apprendre à les gérer. L’idée est d’accueillir ces sentiments avec bienveillance, comme des invités. Et de la même façon que les invités, ils finiront bien par partir ».
Mais si ces approches thérapeutiques ont pu favoriser une compréhension plus libertaire de la sexualité, le seul rétablissement de la capacité à jouir ne suffit pas à garantir un épanouissement sexuel et à rendre les gens heureux. En effet, une évaluation diagnostique qui repose sur des critères quantifiables, objectifs et physiologiques, ne prend pas en compte la signification et l’expériences subjectives du/de la patient/e. La sexualité est une expression humaine raffinée, qui s’articule en nous à de multiples niveaux, aussi bien conscient que non-conscient, cognitif que physiologique, fantasmatique que politique. Elle nécessite une analyse sur plusieurs registres, qui prend en compte l’intégralité du sujet.
Les êtres humains ont besoin d’éléments essentiels pour croître et se développer : à savoir être libres de penser, de désirer et de se mouvoir, établir des relations affectives sécurisantes et enrichissantes et accroître les possibilités de son corps et de son cerveau[9]. En ce sens, il s’agit de revenir à l’ambition de Sigmund Freud qui consistait à rendre hommage à la complexité du fonctionnement humain, en ne proposant pas une théorie définitive et simpliste du sexuel mais en donnant seulement des pistes de réflexion aux professionnel/les en but avec la diversité sexuelle et de genre.

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