Donner naissance et renaissance

Donner naissance et renaissance
La sexualité dans le post-partum
Parmi les éléments du post-partum il en est un qui n’est que rarement abordé, c’est celui des retrouvailles avec son corps. Un corps différent, qui n’est plus celui de la grossesse, ni tout à fait celui d’avant la conception. A fortiori, lorsque les choses ne se sont pas tout à fait passées comme prévu et que l’on a subi les affres de la césarienne, de l’épisiotomie, des forceps ou des spatules.
Dans ce nouveau corps il faut réapprendre parfois à peu près tout, des sensations les plus basiques jusqu’aux fonctions naturelles du corps : manger, sentir, pisser, chier, désirer, avoir froid ou chaud. Il peut y avoir des douleurs, des peurs, des traumas, des changements, voire des pertes de sensation. Alors le temps du post-partum c’est aussi celui d’une véritable renaissance jalonnée de découvertes, d’avancées et parfois de reculs, d’étonnement et d’apprentissages qui calquent parfois étrangement ceux du petit que nous avons mis au monde.
Dans ce contexte, les sensations sexuelles peuvent étrangement revenir rapidement, malgré l’intensité de l’étirement des parties génitales causé par la naissance, malgré peut-être la violence des instruments, des bistouris et des points, malgré aussi l’insensibilité amenée par l’anesthésie. Au contraire elles peuvent ne pas revenir tout de suite… voire, ne pas revenir du tout. Et puis, en cas d’allaitement, la libido peut être un peu à la baisse, sous l’effet de la prolactine, les sensations dans la poitrine un peu différentes, voire désagréables. Sans compter la fatigue, le manque de temps et d’intimité pour les parents.
Alors comment gérer tout ces changements ? Comment ne pas complètement déserter le royaume du plaisir ? Tout d’abord s’écouter, prendre son temps et ne pas culpabiliser. Donner naissance n’est pas un acte anodin. Il peut être vécu de la façon la plus merveilleuse, la plus réjouissante, voire la plus excitante possible. Mais cela peut aussi être assez difficile, voire traumatisant. Dans le premier cas, vous n’aurez probablement pas de difficulté à gérer les problèmes physiques, mais vous aurez peut-être plus de souci à trouver votre nouveau rôle de mère et d’amante. Dans le second cas vous aurez peut-être uniquement les changements physiques à encaisser, ou pire, les deux aspects seront difficiles pour vous.
Dans tous les cas, soyez à l’écoute de vos sensations physiques : elles sont les meilleures guides possibles. Écoutez-vous et communiquez à votre partenaire vos envies mais aussi vos peurs et vos dégoûts. Et si les douleurs ou les traumas persistent au-delà de quelques semaines après l’accouchement, n’hésitez pas à consulter une sage-femme spécialisée dans l’accompagnement psychologique, un/e psychothérapeute ou un/e sexothérapeute pour travailler sur ce qui bloque. Une consultation ostéopathique ou un shiatsu peuvent également permettent de dénouer les blocages d’énergie et les traumas au niveau du périnée. Et surtout, ne vous forcez pas, n’allez pas plus vite que ce qui est bon pour vous. Cela ne fera qu’entravez le processus de guérison, renforcer encore plus les tensions et les peurs.
Ensuite, à votre rythme, prenez du temps pour vous, pour écouter vos envies, pour toucher votre sexe, éventuellement votre cicatrice, la masser, détendre les tissus douloureux et apporter de la douceur là où il n’y a eu qu’intensité et douleurs. Si vous avez envie, c’est très bien également de faire ce type d’exercice avec votre partenaire : demandez-lui qu’il/elle vous touche doucement, vous caresse, vous masse, sans chercher à provoquer d’excitation sexuelle ou de désir, en lui précisant précisément quelle partie de votre corps a envie d’être touchée, quels sont vos besoins et quelles sont vos limites. Vous avez le droit de ne pas avoir tout de suite envie qu’on touche votre vulve ou votre poitrine.
Et rappelez-vous une chose : la pénétration vaginale n’est pas une fin en soi, elle est loin d’être la pratique préférée par les femmes pour obtenir du plaisir et nous avons des tas d’autres parties du corps qui sont très érogènes et qui ne demandent qu’à être touchées, massées, sucées, pincées ou mordues. Alors profitez de ce moment pour découvrir d’autres façons d’avoir du plaisir seule ou à deux. Il sera toujours temps de reprendre la pénétration dans quelques mois, voire quelques années… pour refaire un enfant !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *