Quand l’épigénétique explique les transmissions transgénérationnelles

 

ÉPIGÉNÉTIQUE : ce terme, dont l’utilisation est assez récente et à la mode, est relatif auxchangements, aux modifications et aux altérations que subissent les gènes au cours de notre vie, sans qu’il y ait de modification de notre séquence d’ADN. En d’autres termes, l’épigénétique c’est tout ce qui est acquis, par le contact avec l’environnement, l’extérieur, les relations humaines, l’alimentation, le climat et j’en passe. Certaines mutations peuvent être positives (l’apprentissage de certains savoir-faire), d’autres le sont beaucoup moins (comme les traces liées à un traumatisme par exemple).
Selon certain/es chercheur/es, ces modifications génétiques pourraient être transmises à notre descendance[1]. C’est là que cela devient problématique, cette transmission pouvant être à l’origine de l’apparition de certaines maladies physiques et mentales, notamment par le biais d’un taux élevé de stress durant la gestation et/ou la petite enfance. Celui-ci entraînant une forte réactivité des glandes surrénales et de l’axe hypothalamo-hypophysaires, responsables de la régulation du stress, et un dérèglement de la production de cortisol (l’hormone du stress).
Depuis les années 1980, de nombreuses recherches ont étudié le lien entre le maternage précoce et la réponse au stress de l’axe hypothalamo-hypophysaire[2]. Les mécanismes épigénétiques auraient donc un rôle important dans le phénomène d’empreinte parentale, c’est-à-dire dans la construction d’un attachement plus ou moins sécure. Ce dernier influençant jusqu’à l’âge adulte notre capacité à nous lier amoureusement. Dans ce contexte, la vie utérine et embryonnaire semble particulièrement sensible aux perturbations épigénétiques[3]. Ainsi donc les conditions dans lesquelles nous avons été conçu/e, puis les soins que nous avons reçus durant les trois premières années de notre vie impacteraient notre santé mentale et physique, notre bien-être et notre capacité à surmonter les périodes difficiles.
Ces recherches en génétique viennent enrichir notre compréhension des mécanismes d’attachement étudiés par Winnicott, Bowlby et d’autres, mais aussi elles permettent de comprendre et de mettre des mots précis, rationnels, scientifiques (pour celles et ceux qui ne sont pas très porté/es sur les approches plus spirituelles ou surnaturelle de transmission transgénérationelle) sur les phénomènes de passage de caractéristiques, de maladie, d’apparence, de schémas de répétition, de violences d’une génération à l’autre (pas uniquement des parents biologiques aux enfants, mais aussi d’un/e aïeul/e méconnue à un/e nouveau-né/e, d’un/e parent adoptif/ve à une/e enfant adopté/e etc). Ainsi quand Salomon Sellam écrit que durant la préconception et la gestation « les évènements qui se produisent, remarquables ou anodins, positifs ou négatifs vont être à l’origine de la constitution d’un message inconscient auquel l’enfant obéira à son insu, y compris à l’âge adulte. C’est une forme d’imprégnation ou d’incorporation émotionnelle »[4], on pourrait très bien postuler que ce « message inconscient » se situe au niveau cellulaire ; au niveau de l’épigénétique.
Mais si ce « Projet/Sens-Gestationnel », ce message inconscient que décrit Salomon Sellam, peut enfermer l’enfant dans des loyautés, nous coincer dans des schémas familiaux, le travail thérapeutique peut nous en libérer. On en aurait même la confirmation scientifique car il semblerait que les modifications épigénétiques soient réversibles[5]. Heureusement car ce conditionnement, qu’il soit génétique ou inconscient rime bien souvent avec malédiction. Puisque l’épigénétique est réversible, on doit pouvoir agir, guérir et se débarrasser de ce qui nous encombre et espérer ne pas le refiler à notre descendance.
C’est là que les techniques de méditation, de sophrologie, d’EMDR ou encore d’hypnose sont particulièrement bénéfiques pour nettoyer nos cellules des traumas et autres stress que nous, ou nos ancêtres, avons vécus. Ainsi donc, méditer, travailler sur ses traumatismes, guérir sa tête c’est aussi guérir son corps, nettoyer les mémoires anciennes qui parasitent notre corps et empoisonnent notre vie quotidienne. L’un ne va pas sans l’autre, nous ne sommes pas qu’un psychisme incarné dans la matière, nous sommes tout autant notre cerveau, notre ventre, notre sexe, les millions de cellules qui composent notre être et qui portent les traces de celles et ceux qui sont venu/es avant nous.
[1] Comme le déplore John Greally, professeur de génétique, de médecine et de pédiatrie au Albert Einstein College of Medicine de New York les spécialistes ne sont pas encore tous/tes d’accord sur ce point.
[2]MONHONVAL Pauline et LOTSTRA Françoise, « Transmission transgénérationnelle des traits acquis par l’épigénétique », in Cahiers de psychologie clinique, 2014/2 n° 43, p. 29 à 42.
[3]LAMBERT Nelle, « Génétique et transmission transgénérationnelle », in Cahiers de psychologie clinique, 2014/2 n° 43, p. 11 à 28.
[4]SELLAM Salomon, Le secret des amours difficiles, p. 48.
[5] C’est en l’occurrence la recherche menée depuis 2013 par le chercheur Jamie Hackett à l’Université Cambridge qui émet cette hypothèse.

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