Relations plurielles et débordement d’amour

 @Sally Hewett

 

Il est d’usage, lorsque l’on songe aux relations plurielles, qu’elles soient dites « ouvertes », « polyamoureuses », « libres » ou encore « arnarchiques » de penser à toute la gamme de souffrance qu’elles peuvent occasionner : jalousie, insécurité, abandon, rejet, comparaison, manque. 

S’il serait malhonnête de nier cette dimension, il me paraît important de reconnaître également le débordement d’amour qu’elles peuvent également dans nos vies. Débordement qui peut être, lui aussi, déstabilisant. En effet, nous ne sommes pas outillé.es pour penser, ni gérer, cet afflux d’émotions, de sentiments, de sensations, d’envies, de désirs et de projections, que le fait d’être en relation avec plusieurs personnes suscite parfois.

Si le fait de pouvoir expérimenter en parallèle différentes formes d’attachement et de désirs érotiques me paraît être l’une des plus grandes richesses des relations non-monogames, cela peut être parfois déroutant de ressentir comme nous avons envie de choses différentes selon l’amant.e ou l’amoureux.se avec qui nous sommes en train d’échanger. Cela vient aussi montrer crument comme notre subjectivité est profondément et intimement liée à l’autre, ou tout du moins aux relations avec les autres. Comme chacune des relations que nous nouons, développons, et vivons, vient nous nourrir, nous faire grandir, enrichir le puzzle qui nous compose. 

Mais comment, dès lors, ne pas percevoir que nous ne nous connaissions pas si bien que cela ? Comment accepter, sans paniquer, que nous sommes composé.es d’une myriade de désirs, de besoins, de rires, de goûts, de préférences, de limites et que nous ne viendrons peut-être jamais à bout de leur connaissance et découverte. 

Mais c’est si riche de sentir que toutes les parts de nous peuvent exister, vivre, vibrer et être aimées grâce à la diversité des êtres que nous rencontrons !

Et l’autre point, peut-être encore plus déroutant dont nous ne parlons pas assez lorsque nous pensons aux relations plurielles, car tellement contraire à la norme de l’amour monogame, c’est celui de ressentir, à l’intérieur de soi, la cohabitation des attachements multiples que nous ressentons : que faire du désir que je peux ressentir tout à coup pour Brigitte, alors que j’embrasse Bernard ? Comment ne pas culpabiliser d’avoir envie de partager ce coucher de soleil avec Maria, alors que Justine me fait couler un bain ? 

Nous avons si fort appris que l’amour perdait en qualité lorsqu’il était partagé que nous nous jugeons coupable lorsque nous ressentons que notre coeur peut accueillir plusieurs amours en son sein. Nous avons besoin d’outils pour penser, non seulement l’insécurité, les peurs, les doutes, liées aux jalousies des relations non-monogames. Mais également d’outils pour gérer ce débordement d’émotions et d’amour qu’elles peuvent provoquer. 

Concrètement, de quels outils ou savoir-faire avons nous besoin ? Tout d’abord d’identifier et d’exprimer nos besoins, nos envies et nos limites. Et d’être en mesure d’accueillir ceux de nos partenaires. Ces outils sont avant tout fondés sur les bases d’une communication solide, d’honnêteté, de compassion, de bienveillance, d’accueil non-jugeant et d’écoute. Cela requière également une bonne quantité de travail introspectif, de confiance en soi, ainsi que la capacité à aller à la rencontre de vos démons, de vos insécurités et de vos blessures. Autant d’outils qui vous serviront, à n’en pas douter, dans tous les domaines de votre vie – et pas que amoureuse. Rappelez-vous une chose : vous ne pourrez jamais obtenir ce que vous voulez si vous ne savez pas, vous-même, ce dont vous avez envie. 

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