De la pénurie à l’abondance d’amour (sur les relations plurielles #2)

@Sally Hewett

Une des peurs – et source de souffrance – dans les relations amoureuses, qu’elles soient monogames ou plurielles, concerne la question de la quantité d’amour disponible. Il est fréquent de penser que les sentiments diminueraient à mesure qu’ils seraient partagés et qu’il y aurait un effet de vase communicant : plus j’aime Tom et moins je serai en capacité d’aimer Poly. De la même manière, on suppose, ou craint, que plus Daniel me désire et moins il a de désir pour ses autres partenaires. Cette croyance est un frein énorme à l’ouverture d’une relation : et c’est bien compréhensible ! Qui a envie de voir l’attention amoureuse et sexuelle de votre partenaire diminuer s’iel fréquente d’autres personnes ?

Mais qu’en est-il vraiment ? 

Si la théorie des « vases communicants » repose essentiellement sur de fausses croyances, liées aux normes de l’amour monogame (on ne dit pas de l’amitié, ni de l’amour filial, qu’elle perdrait en qualité ni en quantité à mesure qu’elle serait partagée, par exemple), il y a néanmoins certaines réalités matérielles qu’il serait malhonnête de nier. Dans le monde idéal vanté par les adeptes des relations plurielles, l’amour ne devrait pas être une quantité limitée, mais cet idéal se heurte parfois à la réalité des corps, du temps, de l’espace, des conditions matérielles, de la libido etc. 

En effet, vous avez peut-être déjà eu la sensation que votre amoureux.se n’était plus disponible pour vous, que ça soit sentimentalement ou sexuellement, parce qu’iel avait le béguin pour quelqu’un.e d’autre. Peut-être même avez vous connu , dans l’enfance, les affres de l’abandon, à la naissance d’un petit frère ou d’une petite soeur. Ou bien lorsque l’une de vos figures d’attachement principal (parents ou autre éducateur.ices) s’est passionnée pour une activité en dehors de la maison ou s’est mise tout à coup à fréquenter de nouvelles personnes. 

En effet, les réalités matérielles de notre monde, de nos corps et de notre disponibilité psychique et émotionnelle ont des limites : si j’ai passé la nuit à faire l’amour avec un.e amant.e il se pourrait bien que le seul désir que j’ai pour les prochaines 24h soit de dormir seul.e sous ma couette, alors que mon autre amant.e attendrait un moment intime avec moi. De la même manière, si j’ai dépensé la moitié de ma paye pour partir en vacances avec Linda, il me faudra sans doute attendre le mois prochain, voire l’année prochaine, pour faire un voyage avec Paul. Mais tout cela ne me paraît pas ingérable si la communication, la transparence et la compréhension dominent le réseau de vos liens amoureux et sexuels. 

Mais, cela peut-être quand même inquiétant, voire fort désagréable, de sentir que l’on passe après…

Alors comment ne pas paniquer et partir en courant lorsque votre partenaire s’apprête à sortir avec sa nouvelle date ? Tout d’abord, je vous encouragerai à ne pas fuir les émotions, aussi désagréables soient-elles, qui se présentent à vous et à les identifier : quel scénario catastrophe se présente à votre esprit ? Quelles sont les craintes, les peurs, les blessures qui se réveillent lorsque vous pensez à la situation ? Que craignez-vous réellement ? Que l’être que vous aimez ne vous aime plus ? Ne vous désire plus ? Que vous perdiez la singularité de votre lien ? Avez-vous peur d’être jugé.e ou comparé.e ? S’agit-il plus de sentiments ou plus de désir ? De disponibilité ou d’envies ? Redoutez-vous la solitude ou l’abandon ? 

Une fois que vous aurez identifié ce qui provoque le malaise chez vous, vous pourrez réfléchir à ce que vous faites de cette information : Avez-vous envie de poser des limites ou des conditions ? Auriez-vous besoin d’organiser une soirée entre ami.es pendant le temps où votre partenaire sera en compagnie de quelqu’un.e d’autre que vous ? Aimeriez-vous un câlin ou un moment de qualité lorsqu’iel rentrera à la maison ? Ou avant qu’iel ne parte ? Y a-t-il des informations que vous aimeriez avoir, ou ne pas avoir, sur l’autre personne ? 

Accepter la violence de vos sentiments ne fera pas de vous un monstre, bien au contraire. Cela vous permettra généralement d’agir et de communiquer plus calmement que si vous êtes dans la négation de votre ressenti. Rappelez-vous que vous avez le droit de tout ressentir : jalousie, colère, insécurité, abandon, fureur, tristesse, envies destructrices, volontés de contrôles etc. Mais qu’il vous appartient, ensuite, une fois que vous avez identifié et accueilli ces émotions, de les prendre en charge et de les gérer pour ne pas exercer de violence ni de coercition sur les autres qui vous entourent. 

Et dites-vous également que les envies de poser des limites et d’imposer du contrôle sur une situation qui vous dépasse est une réaction très répandue et très compréhensible, mais vous vous apercevrez bien souvent que le simple fait de le verbaliser et de se sentir entendu.e suffit généralement à vous rassurer. Le contrôle est un mécanisme de réassurance efficace à court terme, mais le lâcher prise a des effets bien plus profonds et à long terme. 

Il se peut que, dans la situation actuelle, le lâcher prise vous apparaisse un objectif inatteignable, voire complètement illusoire. Mais faites moi confiance, faites l’expérience de vivre, ou du moins d’essayer de vivre, sans chercher à posséder les gens que vous aimez : vous vous apercevrez rapidement que non seulement vous aller très bien y arriver, mais que cela vous donne beaucoup plus de confiance en vous et qu’iels auront encore plus envie de vous voir, de vous aimer et de faire du sexe avec vous. 

Vous serez peut-être aussi surpris.e et émerveillé.e que moi en constant que c’est en acceptant de renoncer à quelque chose de très précieux, en desserrant l’étreinte de vos poings fermés et la tension de vos bras, en abandonnant les attentes et les règles, que quelque chose d’inattendu et de beau peut surgir. Je ne garanti pas ce qui va survenir mais il est fort probable que cela vous rende beaucoup plus disponible et désirable, non seulement aux yeux de votre partenaire, mais aux yeux du reste du monde, aux énergies de l’Univers. 

Mais pour faire ce saut dans le vide de votre existence – et y survivre -, vous devez accepter de faire quelque chose de fondamental : regarder en face vos blessures et vos peurs, sans les nier, et prendre soin vous-même. C’est dans l’espace ouvert par cette plongée que vous découvrirez ce qu’il y a de plus précieux pour le reste de votre vie : une réserve inépuisable d’amour, d’attention, de bienveillance et d’accueil pour vos propres désirs, vos propres envies et vos propres besoins. 

N’est-ce pas la leçon la plus sécurisante du monde, que celle qui consiste à prendre conscience que la personne la mieux placée pour prendre soin de vous loge, en permanence et pour toujours, à l’intérieur de vous ? 

Relations plurielles et débordement d’amour

 @Sally Hewett

 

Il est d’usage, lorsque l’on songe aux relations plurielles, qu’elles soient dites « ouvertes », « polyamoureuses », « libres » ou encore « arnarchiques » de penser à toute la gamme de souffrance qu’elles peuvent occasionner : jalousie, insécurité, abandon, rejet, comparaison, manque. 

S’il serait malhonnête de nier cette dimension, il me paraît important de reconnaître également le débordement d’amour qu’elles peuvent également dans nos vies. Débordement qui peut être, lui aussi, déstabilisant. En effet, nous ne sommes pas outillé.es pour penser, ni gérer, cet afflux d’émotions, de sentiments, de sensations, d’envies, de désirs et de projections, que le fait d’être en relation avec plusieurs personnes suscite parfois.

Si le fait de pouvoir expérimenter en parallèle différentes formes d’attachement et de désirs érotiques me paraît être l’une des plus grandes richesses des relations non-monogames, cela peut être parfois déroutant de ressentir comme nous avons envie de choses différentes selon l’amant.e ou l’amoureux.se avec qui nous sommes en train d’échanger. Cela vient aussi montrer crument comme notre subjectivité est profondément et intimement liée à l’autre, ou tout du moins aux relations avec les autres. Comme chacune des relations que nous nouons, développons, et vivons, vient nous nourrir, nous faire grandir, enrichir le puzzle qui nous compose. 

Mais comment, dès lors, ne pas percevoir que nous ne nous connaissions pas si bien que cela ? Comment accepter, sans paniquer, que nous sommes composé.es d’une myriade de désirs, de besoins, de rires, de goûts, de préférences, de limites et que nous ne viendrons peut-être jamais à bout de leur connaissance et découverte. 

Mais c’est si riche de sentir que toutes les parts de nous peuvent exister, vivre, vibrer et être aimées grâce à la diversité des êtres que nous rencontrons !

Et l’autre point, peut-être encore plus déroutant dont nous ne parlons pas assez lorsque nous pensons aux relations plurielles, car tellement contraire à la norme de l’amour monogame, c’est celui de ressentir, à l’intérieur de soi, la cohabitation des attachements multiples que nous ressentons : que faire du désir que je peux ressentir tout à coup pour Brigitte, alors que j’embrasse Bernard ? Comment ne pas culpabiliser d’avoir envie de partager ce coucher de soleil avec Maria, alors que Justine me fait couler un bain ? 

Nous avons si fort appris que l’amour perdait en qualité lorsqu’il était partagé que nous nous jugeons coupable lorsque nous ressentons que notre coeur peut accueillir plusieurs amours en son sein. Nous avons besoin d’outils pour penser, non seulement l’insécurité, les peurs, les doutes, liées aux jalousies des relations non-monogames. Mais également d’outils pour gérer ce débordement d’émotions et d’amour qu’elles peuvent provoquer. 

Concrètement, de quels outils ou savoir-faire avons nous besoin ? Tout d’abord d’identifier et d’exprimer nos besoins, nos envies et nos limites. Et d’être en mesure d’accueillir ceux de nos partenaires. Ces outils sont avant tout fondés sur les bases d’une communication solide, d’honnêteté, de compassion, de bienveillance, d’accueil non-jugeant et d’écoute. Cela requière également une bonne quantité de travail introspectif, de confiance en soi, ainsi que la capacité à aller à la rencontre de vos démons, de vos insécurités et de vos blessures. Autant d’outils qui vous serviront, à n’en pas douter, dans tous les domaines de votre vie – et pas que amoureuse. Rappelez-vous une chose : vous ne pourrez jamais obtenir ce que vous voulez si vous ne savez pas, vous-même, ce dont vous avez envie. 

L’auto-massage thérapeutique du point-G

L’auto-massage thérapeutique du point-G

Pourquoi le point-G est-il un centre de guérison important dans notre vie ?

 

Eh bien parce que le point-G, comme d’autres parties de nos corps, est traversé par le nerf vague. Et à quoi sert le vague nerf, vous allez me dire ? Ce nerf est responsable, entre autres choses, de l’orgasme que l’on peut obtenir en stimulant cette zone de notre corps. Et ça c’est plutôt une super nouvelle ! Mais ça n’est pas un simple nerf du plaisir. C’est un organe hautement complexe et extrêmement sensible qui communique, à travers des vibrations et des sensations, non seulement à toutes les parties de notre corps, mais également avec le corps des autres. Oui oui, truc de ouf je vous dis !

C’est grâce à lui que nous ressentons autant de choses dans notre ventre, que ça soit les papillons de la rencontre amoureuse, les nœuds dans le plexus du stress ou les crampes abdominales de l’angoisse. Faisant de notre ventre notre deuxième cerveau émotionnel et sensoriel. C’est par le biais du nerf vague que nous ressentons l’amour, la compassion, la peur, la tristesse, la solitude, l’espoir, l’empathie, l’anxiété, le dégoût ou encore le désespoir. C’est grâce à lui (ou à cause de lui, en fonction…) que cela produit des sensations dans notre corps et que nous y réagissons. Non après une réflexion mais pas intuition, par instinct. Car le nerf vague est relié à notre cerveau reptilien, notre cerveau archaïque, et non pas à notre cerveau rationnel. Bref, c’est à travers le nerf que les évènements laissent des traces et des mémoires dans notre corps, c’est à lui encore que nous devons les processus de somatisation et d’engrammes traumatiques[1].

Donc vous devez commencer à comprendre pourquoi le point-G, qui est traversé par ce nerf, est, au-delà du plaisir que cette zone peut nous procurer, un vrai carrefour sensoriel, énergétique et émotionnel dans notre corps. La visiter, la faire vivre, la faire jouir et la masser régulièrement me semble donc nécessaire pour faire le point avec elle, vérifier que tout circule bien et qu’il n’y a pas de blocages, de traumas et de mémoires négatives qui s’y accumulent.

En fait, par sa position centrale dans le corps, mais également du fait des liens étroits qu’elle entretient avec le périnée (base et source énergétique vitale) et avec le nerf vague, le point-G peut rapidement finir en cocotte minute ! Et provoquer douleurs pelviennes, vaginisme, difficultés à orgasmer, maladies uro-génitales et maux de toutes sortes.

Masser pour détendre cette zone si précieuse de votre corps vous permettra de retrouver ou de conserver tonus et souplesse du périnée et du vagin, mais également relaxation, calme et bien-être, par le biais de l’activation du système parasympathique en stimulant le nerf vague.

 

Concrètement, comment s’y prendre ?

 

Installez-vous confortablement, sur un lit, sur le sol ou sur un canapé, en vous accordant un moment pour vous. Éteignez votre téléphone, baissez les lumières et assurez-vous que personne ne viendra vous déranger.

Respirez profondément, fermez les yeux, puis lubrifiez votre doigt avec de la salive, du gel ou de l’huile (la graisse de coco ou le mélange Weleda pour le périnée sont très bien également) et insérez la première phalange de votre index dans votre vagin et pressez la zone supérieure du vagin vers le ventre. La zone que vous pressez est le point-G. Cela peut être agréable, douloureux ou vous donner envie d’uriner car elle est traversée par l’urètre, le canal qui relie votre vessie à votre méat urinaire (le trou par lequel s’écoule l’urine), qu’elle est composée de tissus spongieux fortement innervé et érectile. C’est donc une zone très sensible à manier avec précaution.

Les tensions ou les douleurs que vous pouvez ressentir peuvent venir de plusieurs causes, tout d’abord autour du méat urinaire il y des récepteurs nociceptifs (les récepteurs de la douleurs), mais également parce que, comme je l’ai dit, le point-G, ainsi que le périnée, peuvent avoir accumulé, à travers des expériences sexuelles plus ou moins agréables, des examens gynécologiques ou médicales, ou des évènements traumatisants, des mémoires et des blocages émotionnels.

Sentez comme votre prostate, votre point-G, forme une surface ronde, oblongue, et légèrement granuleuse. Comme une grosse framboise. Faites le tour avec votre doigt et sentez les « gouttières » de chaque côté de la bosse du point-G. Puis allez au fond de votre vagin et sentez comme il diminue et s’aplatit avant le col de l’utérus. Explorez votre point-G en caressant chacune de ses parties, en contractant et relâchant les muscles du périnée et observez comment réagit votre sexe.

Ne vous inquiétez pas si vous ressentez l’envie d’uriner, c’est normal car vous êtes habituée à identifier uniquement les sensations liées à la vessie et pas encore celles qui sont reliées aux glandes qui se trouvent dans le point-G et qui sont responsables de l’éjaculation chez les personnes qui ont un vagin. Ces sensations sont assez proches et qui sollicitent les mêmes zones du corps.

Notez mentalement les sensations suscitées par vos caresses et essayez d’identifier si elles sont agréables, sensuelles, érotiques, douloureuses ou désagréables. Familiarisez-vous avec celles-ci mais ne vous forcez pas si cela vous est pénible. Respirez profondément, calmement et détendez-vous. Essayez si c’est possible d’accentuer la pression sur votre point-G en formant des cercles concentriques. Continuez à respirer, expirez, gémissez ! Faites tout ce qui vous fait du bien et tout ce dont vous avez envie. Soyez attentives à vos sensations, à vos pensées, aux souvenirs et aux images qui peuvent revenir.

La respiration peut être utilisée comme un outil pour vous ancrer dans l’instant présent mais également dans votre corps, pour devenir plus présent.e, plus conscient.e. Mais également, la respiration, lorsqu’elle est profonde et intense, peut vous aider à activer l’hémisphère droit de votre cerveau, la zone liée au non-verbal, à l’émotionnel, au symbolique et au ressenti, en abaissant le niveau de vigilance de notre cerveau rationnel et logique. Et ainsi nous faire aller vers un état modifié de conscience, ouvrant notre être à ses capacités d’auto-guérison, de reconfiguration des évènements de notre passé et nous permettant de récupérer, pour l’utiliser à meilleur escient, toute l’énergie qui était jusque-là utilisée pour maintenir enfouis les mauvais souvenirs.

Concentrez-vous sur cette zone de votre corps en lui envoyant tout votre amour, toute votre bienveillance, toutes vos énergies de guérison et de régénération. Envoyez mentalement à vos cellules des messages de transformations positives.

 

 

 

Que peut-on attendre d’un massage du point-G ?

 

Il se peut que durant ce massage certaines images de votre passé vous reviennent et ne soient pas très agréables. Cela fait partie du processus de libération et de guérison de votre sexe, de votre corps, de votre sexualité et de votre vie en général. Accueillez-le tant que c’est supportable pour vous et accueillez les émotions qui vont avec. Peut-être allez-vous traverser de la colère, de la tristesse, de la honte, du dégoût, de la rage. Laissez ces émotions vous traverser, vous envahir complètement, sans chercher à les fuir, ni à la contrôler. Laissez-les vivre leur vie et elles s’en iront d’elles-mêmes en vous libérant. Plus vous chercherez à les éviter, plus elles vous embêteront.

En pratiquant le massage du point-G aussi souvent que vous en ressentez le besoin, vous réduisez les blocages et libérez les toxines qui ont pu s’accumuler dans cette zone à la suite des tensions qui pouvaient entraver l’afflux sanguin et l’irrigation des tissus. En augmentant l’oxygénation (par la respiration) et le débit sanguin pour produirez plus d’hormones, évitant les pathologies associées à un déséquilibre hormonal (règles douloureuses, infertilité, manque de libido, bouffées de chaleur etc). Dénouer les tensions périnéales vous permettra également de soulager les douleurs de dorsales, pelviennes et génitales et d’obtenir plus de plaisir et de jouissance lors des rapports sexuels.

 

 

[1] MENAKEM Resmaa, My Grandmother’s Hands. Racialized Trauma and the Pathway to Mending Our Hearts and Bodies, Central Recovery Press, 2017, p. 155-156.

l’Épanouissement personnel grâce aux constellations familiales

La thérapie fondée sur la méthode des Constellations familiales de Bert Hellinger se propose de remettre de l’ordre dans le clan familial pour mettre fin aux loyautés invisibles qui nous empêchent de vivre notre vie, aux dynamiques d’attachement qui nuisent à notre autonomie et à notre épanouissement et elles nous offrent de prendre notre vie et notre destin en main.
Lorsque nous venons au monde nous arrivons dans une famille. Quelle que soit sa composition, son état actuel et ses origines, le clan dans lequel nous grandissons est porteur des dynamiques d’attachement, de hiérarchie et de compensation des générations précédentes. Dans ces systèmes familiaux il arrive souvent qu’un/e plus jeune, un/e descendant/e, ait pris en charge inconsciemment quelque chose qui appartient en fait à un/e aîné/e. Il peut s’agir d’une émotion, d’une tâche à accomplir, d’une obligation ou d’une faute. Parfois l’on ne s’autorise pas à s’épanouir sexuellement lorsque les femmes de notre lignée ont souffert dans leur sexualité ou dans leur vie de couple.  Appartenir au clan est un désir puissant, instinctif et inconditionnel pour l’enfant qui vient au monde : c’est une question de survie. Il est plus facile de souffrir que de ne pas être aimé/e.
Et c’est par amour encore qu’un enfant peut porter la tâche, parfois très lourde, qui incombe à son parent. Mais de telles prises en charge produisent toujours l’impression ambivalente de ne pas être à la hauteur (et c’est normal puisque ça n’est pas sa tâche mais celle de son parent ou arrière-grand-parent) et en même temps d’être supérieur/e (et c’est à nouveau normal puisque l’enfant accomplit quelque chose qui est du ressort de son aîné/e).
Quoi qu’il en soit, toutes ces dynamiques à l’œuvre de manière inconsciente peuvent entraîner à ne pas prendre notre vie en main, de se dire que ce que nous ressentons ne nous appartiens pas et que nous reproduisons des comportements de nos parents alors que nous sommes en désaccord avec ceux-ci.
En tant que thérapeute je m’approprie ces outils en les faisant dialoguer avec ceux de la sexothérapie féministe pour aider les femmes, les hommes et toutes les minorités sexuelles et de genre à (re)trouver le chemin de leur corps, de leur sexualité et de leur vie créative. Les Constellations familiales invitent chaque être humain à se libérer de ce qui entrave notre chemin vers la joie, le bonheur et la plénitude. Par sa dimension spirituelle et puissamment thérapeutique, elle permet de guérir l’enfant blessé en chacun/e de nous, elle apaise les conflits inter-générationnels, permet de se libérer des mémoires traumatiques et d’accueillir la vie en l’honorant.
Que ce soit en groupe ou en individuel (avec des supports d’objet ou de figurines), les Constellations familiales sont une approche thérapeutique puissante et une expérience spirituelle unique.

C’est ainsi que je réapparais

C’est ainsi que je réapparais (titre inspiré de la bd “C’est comme ça que je disparais” que Mirion Malle a consacrée à la question des effets des violences sexuelles sur la santé mentale.
Revivre, renaître, renouer avec la vie. Sortir de l’état traumatique, guérir les blessures psychiques laissées par les violences sexuelles, redevenir vivante et ne plus être seulement une survivante. Parce que c’est ça ce que ça fait un viol, c’est ce que nous font les abus et les violences sexuelles (que subissent la plupart des femmes sous une forme ou sous une autre) : nous disparaissons.
C’est une disparition progressive, insidieuse, discrète. Qui peut passer inaperçu, même aux yeux de l’intéressée. Nous cessons progressivement de sortir, la peur guide notre vie, la joie s’émousse, le désir, le plaisir, jusqu’à l’envie de vivre disparaissent parfois. Pourtant nous continuons de travailler, de prendre soin de nos enfants, de dire « bonjour, oui ça va et toi », nous continuons à fonctionner mais à l’intérieur c’est tout mort. Nous ne sommes pas vivantes mais survivantes.
Oui il y a bien des coups de blues parfois (que nous jugeons excessifs), des crises parfois (jusqu’à la panique), des blocages (sexuels, souvent). Mais bon ça roule, on peut bien vivre en étant morte.
Mais finalement, au bout d’un temps, ça s’aggrave, ça s’accumule, ça bloque : on n’y arrive plus. On n’arrive plus à faire semblant, le sexe devient insupportable, on se glace, on se fige, on crie. A l’occasion d’une odeur, d’un souvenir, d’une rencontre. Et tous ces souvenirs qu’on avait si puissamment enfouis, qu’on croyait morts et enterrés, n’agissant plus sur nous (d’ailleurs ils n’ont jamais agi sur nous, peuh !… mouais, mon cul !) nous reviennent en pleine gueule.
Et c’est déjà énorme, c’est déjà que le processus de guérison, de revitalisation est à l’œuvre. Et bien souvent on s’aperçoit que revisiter ces douleurs, ces traumas, ce passé qu’on a tant cherché à faire taire, eh bien c’est beaucoup moins effrayant que ce qu’on pensait. Que ces souvenirs nous font beaucoup finalement moins chier une fois qu’on s’y est confronté plutôt que toutes ces années où on a essayé de les ignorer.
Parce qu’en fait rester dans le déni, dans l’évitement, c’est rester dans le trauma. Ce sont des mécanismes de défense qui nous protègent sur le moment de l’effroi, de l’horreur de l’abus, mais ce sont des mécanismes qui nous enferment, qui nous tuent à petit feu lorsqu’ils deviennent un état chronique. Lorsque nous activons des mécanismes comme la dissociation, l’évitement psychique, pour nous protéger des souvenirs traumatiques nous leur accordons toute la puissance, toute la charge et toute la violence émotionnelle de l’abus en lui-même ; alors que c’est du passé. Au lieu de le traiter comme un souvenir parmi les autres, aussi atroce soit-il, mais un souvenir passé, qui n’est plus, nous faisons vivre à notre corps et à notre cerveau un état d’alerte et de défense permanent. Et c’est épuisant. Et ça nous empêche de vivre de manière libre et épanouissante.
Bien sûr nous ne faisons pas ça de manière consciente ni choisie. C’est la peur de revivre de telles violences, c’est pour ne pas oublier cette partie de nous qui a été blessée, c’est pour tenter de se guérir que l’on fait tout ça. Et bien souvent on doit en passer par là avant d’avancer, avant de guérir. Et ça peut prendre des mois, des années. Voire des décennies.
Mais un jour vient le moment où l’on est prête à avancer. On est prête à regarder l’horreur en face, à mettre les mots « viol », « abus », « victime », « agresseur », « trauma ». À accéder au passé, à revisiter ces souvenirs, à baisser la garde. Et finalement ça fait moins peur qu’on le pensait.
Le truc souvent c’est que quand on se met à travailler sur ce type de souvenirs on commence à aller moins bien. Ce qui fonctionnait, tout ce qu’on contrôlait commence à se casser la figure, on ne tient plus trop debout et on se met à douter. À regretter de s’être lancée là-dedans alors que ça n’allait pas si mal. Mais il faut tenir bon, il faut traverser ce tunnel, c’est de cette perte de contrôle, c’est dans les cendres de la survie que rejaillira la vie, la joie, la libération.
Et ça vaut le coup !
Croyez-moi.

Quand l’épigénétique explique les transmissions transgénérationnelles

 

ÉPIGÉNÉTIQUE : ce terme, dont l’utilisation est assez récente et à la mode, est relatif auxchangements, aux modifications et aux altérations que subissent les gènes au cours de notre vie, sans qu’il y ait de modification de notre séquence d’ADN. En d’autres termes, l’épigénétique c’est tout ce qui est acquis, par le contact avec l’environnement, l’extérieur, les relations humaines, l’alimentation, le climat et j’en passe. Certaines mutations peuvent être positives (l’apprentissage de certains savoir-faire), d’autres le sont beaucoup moins (comme les traces liées à un traumatisme par exemple).
Selon certain/es chercheur/es, ces modifications génétiques pourraient être transmises à notre descendance[1]. C’est là que cela devient problématique, cette transmission pouvant être à l’origine de l’apparition de certaines maladies physiques et mentales, notamment par le biais d’un taux élevé de stress durant la gestation et/ou la petite enfance. Celui-ci entraînant une forte réactivité des glandes surrénales et de l’axe hypothalamo-hypophysaires, responsables de la régulation du stress, et un dérèglement de la production de cortisol (l’hormone du stress).
Depuis les années 1980, de nombreuses recherches ont étudié le lien entre le maternage précoce et la réponse au stress de l’axe hypothalamo-hypophysaire[2]. Les mécanismes épigénétiques auraient donc un rôle important dans le phénomène d’empreinte parentale, c’est-à-dire dans la construction d’un attachement plus ou moins sécure. Ce dernier influençant jusqu’à l’âge adulte notre capacité à nous lier amoureusement. Dans ce contexte, la vie utérine et embryonnaire semble particulièrement sensible aux perturbations épigénétiques[3]. Ainsi donc les conditions dans lesquelles nous avons été conçu/e, puis les soins que nous avons reçus durant les trois premières années de notre vie impacteraient notre santé mentale et physique, notre bien-être et notre capacité à surmonter les périodes difficiles.
Ces recherches en génétique viennent enrichir notre compréhension des mécanismes d’attachement étudiés par Winnicott, Bowlby et d’autres, mais aussi elles permettent de comprendre et de mettre des mots précis, rationnels, scientifiques (pour celles et ceux qui ne sont pas très porté/es sur les approches plus spirituelles ou surnaturelle de transmission transgénérationelle) sur les phénomènes de passage de caractéristiques, de maladie, d’apparence, de schémas de répétition, de violences d’une génération à l’autre (pas uniquement des parents biologiques aux enfants, mais aussi d’un/e aïeul/e méconnue à un/e nouveau-né/e, d’un/e parent adoptif/ve à une/e enfant adopté/e etc). Ainsi quand Salomon Sellam écrit que durant la préconception et la gestation « les évènements qui se produisent, remarquables ou anodins, positifs ou négatifs vont être à l’origine de la constitution d’un message inconscient auquel l’enfant obéira à son insu, y compris à l’âge adulte. C’est une forme d’imprégnation ou d’incorporation émotionnelle »[4], on pourrait très bien postuler que ce « message inconscient » se situe au niveau cellulaire ; au niveau de l’épigénétique.
Mais si ce « Projet/Sens-Gestationnel », ce message inconscient que décrit Salomon Sellam, peut enfermer l’enfant dans des loyautés, nous coincer dans des schémas familiaux, le travail thérapeutique peut nous en libérer. On en aurait même la confirmation scientifique car il semblerait que les modifications épigénétiques soient réversibles[5]. Heureusement car ce conditionnement, qu’il soit génétique ou inconscient rime bien souvent avec malédiction. Puisque l’épigénétique est réversible, on doit pouvoir agir, guérir et se débarrasser de ce qui nous encombre et espérer ne pas le refiler à notre descendance.
C’est là que les techniques de méditation, de sophrologie, d’EMDR ou encore d’hypnose sont particulièrement bénéfiques pour nettoyer nos cellules des traumas et autres stress que nous, ou nos ancêtres, avons vécus. Ainsi donc, méditer, travailler sur ses traumatismes, guérir sa tête c’est aussi guérir son corps, nettoyer les mémoires anciennes qui parasitent notre corps et empoisonnent notre vie quotidienne. L’un ne va pas sans l’autre, nous ne sommes pas qu’un psychisme incarné dans la matière, nous sommes tout autant notre cerveau, notre ventre, notre sexe, les millions de cellules qui composent notre être et qui portent les traces de celles et ceux qui sont venu/es avant nous.
[1] Comme le déplore John Greally, professeur de génétique, de médecine et de pédiatrie au Albert Einstein College of Medicine de New York les spécialistes ne sont pas encore tous/tes d’accord sur ce point.
[2]MONHONVAL Pauline et LOTSTRA Françoise, « Transmission transgénérationnelle des traits acquis par l’épigénétique », in Cahiers de psychologie clinique, 2014/2 n° 43, p. 29 à 42.
[3]LAMBERT Nelle, « Génétique et transmission transgénérationnelle », in Cahiers de psychologie clinique, 2014/2 n° 43, p. 11 à 28.
[4]SELLAM Salomon, Le secret des amours difficiles, p. 48.
[5] C’est en l’occurrence la recherche menée depuis 2013 par le chercheur Jamie Hackett à l’Université Cambridge qui émet cette hypothèse.

Construction identitaire et attachement chez les enfants adoptés ou nés de PMA.

« Les enfants adoptés c’est toujours compliqué », « la PMA ça n’est pas naturel, si l’on est stérile c’est comme ça, on ne devrait pas forcer les choses », « mais c’est qui tes « vrais » parents ? »
Vous avez certainement déjà entendu ce type de phrases lors d’une discussion évoquant l’adoption, la procréation médicalement assistée, la gestation pour autrui ou encore les familles homoparentales. Peut-être partagez-vous ces avis et connaissez-vous quelques enfants adoptés qui ont eu une adolescence compliquée, qui sont insécures ou qui n’arrivent pas à fonder leur propre famille.
Je ne nie pas que l’adoption ou la PMA, qu’elles soient à destination de parents hétérosexuels ou de parents homosexuels, puissent engendrer un certain nombre de questions, de difficultés et d’insécurité – aussi bien chez les enfants que chez leurs parents. Ce que je dis, ce que j’aimerai montrer avec cet article issu de travaux de recherches récents, c’est qu’il est grand temps de remettre en question ces croyances qui sont plus néfastes qu’utiles, particulièrement lorsqu’elles sont assenées par des thérapeutes se prétendant vouloir aider des familles en difficulté.
Comme dans bien d’autres cas psychologique, les origines des problèmes rencontrés par les familles de ce nouvel ordre prennent souvent racines dans les représentations sociales. Au premier rang desquelles la primauté des liens biologiques. Croyance qui produit un vocabulaire pour le moins insécurisant et discréditant, tel que le qualificatif de « vrais parents » pour désigner les géniteurs/trices, qu’ils soient des parents ayant abandonné leur enfant, des mères porteuses ou des hommes ayant donné leur semence à une banque de sperme. Ces derniers seraient plus « vrais » que les celles et ceux qui changeront les couches pendant des années, donneront le biberon la nuit pendant des mois, cajoleront, joueront et aimeront leur enfant « non biologique » jusqu’à la fin de leurs jours.
Cette primauté des liens de sang est non seulement objectivement ridicule mais surtout extrêmement nocive pour l’image que ces « faux parents » auront d’eux-mêmes, persuadés de n’en faire jamais assez, vivant toujours dans la crainte d’être débusqués ou remplacés par leurs pendants biologiques, perçus comme plus réels. Cette conception biologisante de la parentalité n’est pas sans conséquence non plus sur les enfants, qui recevront leur vie durant des messages négatifs sur leur identité, celle de leurs parents et sur leur famille[1].
Les effets de telles conceptions pourront être profonds et graves, a fortiori s’ils ne sont pas corrigés tôt et durablement. Je l’ai dit, l’une des premières conséquences sera un sentiment douloureux et persistant d’insécurité parentale. Celle-ci pouvant mener, selon les individus, soit à une négation des parents biologiques ou des modes de conception ayant fait appel à des donneurs/donneuses extérieur/es, soit à un rappel constant des origines biologiques de l’enfant, pouvant entraîner le sentiment chez ce/tte dernièr/e d’être rejeté/e par son parent. Cela pourra également entraîner de la rivalité, voire du ressentiment, entre les conjoints, notamment dans le cas d’une PMA où l’un des deux parent aura porté son enfant tandis que l’autre ne l’aura pas conçu avec son matériel biologique, que ce soit parce qu’il est un homme stérile, qu’elle est une femme ou une personne trans ne pouvant concevoir un enfant avec son/sa partenaire.
Nombre de thérapeutes familiaux soulignent l’importance de reconnaître le passé, parfois douloureux et violents, de l’enfant qu’ils ont adopté. Ou encore de ne pas nier les conditions dans lesquelles leur enfant a été conçu, dans le cas d’une PMA. Ainsi est-il nécessaire d’accepter que son enfant désire un jour en savoir plus sur son/sa/ses géniteurs, sans que cela ne remette en question l’amour, l’attachement et la légitimité qu’il ressent à l’égard de ses parents. Tout comme il sera important et salutaire d’accueillir la part d’étrangeté propre à l’enfant, pouvant parfois faire écho à sa famille d’origine ou venir jeter le trouble dans l’équilibre fragile mais confortable du mimétisme filial.
Zoé Rosenfeld et Isabelle Duret remarquent dans leur clinique que « plus les parents sont capables d’envisager conjointement la filiation biologique et adoptive dans une même représentation graphique, plus l’adoption réciproque est accomplie, plus les relations parents-enfants sont bonnes et les conflits négociables »[2]. À l’inverse, plus les parents seront dans le déni de l’existence des géniteur/ices et des origines de leur enfant, plus les relations seront conflictuelles et difficiles.
L’époque de l’adolescence, avec son lot de remise en question, de bousculement des valeurs familiales et de confrontations avec les parents (aussi importants soient-ils pour la construction identitaire de l’adolescent/e) sera souvent l’occasion de disputes violentes pouvant causer des ruptures. Elle verra également parfois, si les choses n’ont pas été réglées avant, émerger des conflits de loyauté (Bydlowski, 2000) pour l’enfant en train de se construire comme adulte. En effet, en venant au monde l’enfant contracte une dette vis-à-vis de ses parents qui lui ont donné la vie. Celle-ci donnant au fur et à mesure qu’il/elle grandit un sentiment de loyauté à l’égard de sa famille, le/a poussant à l’exprimer en perpétuant les traditions familiales et ses valeurs et en chérissant ses parents[3]. Dans le cas d’une double filiation, biologique et affective/adoptive, si le rapport avec la famille d’origine est empreint de secret, de douleur et d’insécurité, l’enfant se sentira en conflit de loyauté, ne sachant plus s’il/elle doit être loyal/e avec celle qui l’a engendré, au risque de blesser sa famille adoptive ou déloyal/e avec celle-ci, au risque de renier une part de lui/d’elle (Boszormenyi-Nagy, 1973).
Pour éviter un tel risque la meilleure approche est d’honorer l’ensemble des parents pour ce qu’ils apportent à l’enfant, que ce soit au quotidien dans leur amour et leur soutien ou que ce fut uniquement en tant que matériel biologique. Ainsi, parents adoptifs et parents biologiques, géniteur et génitrices, pères et mères officiel/les ou non, tous et toutes sont pris/es dans un réseau de dettes réciproques, d’amour, de liens, de mérites et de respect qui peuvent être travaillés en thérapie familiale et intégrés par l’enfant à son rythme et selon ses besoins. Dès lors la gratitude des géniteurs/trices à l’égard des parents adoptants qui prennent soin de l’enfant qu’ils ont mis au monde pourra être exprimée et entendue, tout comme celle de ces derniers à l’égard des parents biologiques qui ont mis au monde l’enfant qui comble leur famille (je fais ici référence à un travail de constellation familiale bien sûr, qui ne ferait pas réellement se rencontrer les différent/es protagonistes du groupe familial).
Dans ce cadre, l’enfant pourra, sans craindre d’être déloyal/e, honorer et chérir chacun/e des hommes et des femmes qui lui ont permis de voir le jour puis de grandir. L’ensemble de ses origines pouvant être reconnues sans entrer en concurrence les unes avec les autres.
On le sait grâce aux travaux des psychogénéalogistes, les parents qui donnent la vie transmettent avec leurs gènes d’autres informations, porteuses de leur histoire et de celle de leurs ascendant/es. Mais ces transmissions, qui font se relier entre eux les prénoms, les dates de naissance ou de mort, voire les goûts et les professions, n’ont pas besoin des liens du sang pour passer d’inconscient à inconscient[4]. Le partage des rites et des mythes familiaux va inscrire l’enfant dans sa filiation créer cet attachement, cette loyauté au clan quasi indéfectible.
D’un point de vue transgénérationnel, si l’on sait que les traumas passés peuvent se propager par la génétique, l’on sait aussi combien le passage se fait aussi sur d’autres plans (le quantique, dirait psychanalyste transgénérationnel Bruno Clavier qui souligne que les transmissions psychogénéalogiques se font tout aussi bien chez les enfants adoptés que chez les enfants de sang). Il n’y a qu’à voir combien sont fréquents les enfants qui ressemblent physiquement et/ou psychologiquement comme deux gouttes d’eau à leurs parents alors qu’ils/elles ne partagent pas une goutte… de sang avec eux/elles !
· [1] ROSENFELD Zoé, BURTON Julie, de COSTER Lotta et DURET Isabelle, « Adoption et construction identitaire » in Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratiques de réseaux, 2006/2 n°37, p. 157-171.
[2] DURET Isabelle et ROSENFELD Zoé, « La maternalité adoptive en question « Maman, je t’ai eue dans mon ventre ! » », in Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratiques de réseaux, 2012/2, n°49, p. 57-70.
[3]CANREIRON Claudio, « Quelle approche adopter pour quelle adoption ? », in Thérapie familiale, 2007/3, vol. 28, p. 291-303.
[4] DURET Isabelle et ROSENFELD Zoé, « La maternalité adoptive en question… Ibid.

Yoga des hormones, bien-être sexuel et physique

En attendant notre stage de yoga des hormones au mois de juillet, une présentation rapide de cette formidable technique si bénéfique pour notre corps et notre bien-être.

Le yoga des hormones, appelé aussi Hormone Yoga Therapy, a été inventé par Dinah Rodrigues dans les années 1990 grâce à ses connaissances du yoga et à un travail en collaboration avec un gynécologue. Il vise à remonter le niveau hormonal, bien souvent la cause de nombreux symptômes et pathologies, des femmes de tous les âges. Le stress combiné à un niveau d’oestrogènes trop bas entraîne bien souvent des problèmes uro-génitaux, des pertes de cheveux, troubles de mémoire, troubles du sommeil, douleurs pendant les règles, manque de libido, des bouffées de chaleur ou des douleurs tendino-articulaires.

Elle consiste en une séquence de postures de yoga dynamique, inspirées du Hatha Yoga, du Kundalini Yoga et du Yoga de l’énergie associées à une respiration intense et une technique tibétaine de circulation d’énergie. Largement pratiquée au Brésil, au Canada et en Allemagne, entre autres, cette méthode est encore très mal connue en France où peu de professeures ont suivi cette formation.

Pratiquée 3 fois par semaine, elle réactive et rééquilibre rapidement les principales glandes responsables des sécrétions hormonales que sont les ovaires, la thyroïde, l’hypophyse et dans une moindre mesure les surrénales. Elle soulage, voire élimine totalement les bouffées de chaleur, la sécheresse de la peau et des muqueuses, l’insomnie, les migraines, les tendances dépressives, l’arthrose et les tendinites. Elle remplace avantageusement un traitement hormonal de substitution et prévient les problèmes de cholestérol, d’ostéoporose et de circulation.Elle stimule également la libido. Elle s’adresse à toutes les femmes à partir de 35 ans, ainsi qu’à toutes celles ayant un syndrome prémenstruel handicapant, des problèmes de stérilité, d’aménorrhée et d’hypothyroïdie. En raison de son efficacité, elle est contre-indiquée en pratique intensive en cas de cancer du sein, d’endométriose avancée, d’hyperthyroïdie importante, de problèmes cardiaques et bien sûr, pendant la grossesse. En outre, en stimulant tous les centres énergétiques, cette pratique contribue aussi à une tonification des abdos, du système digestif et elle augmente la souplesse et la force du diaphragme pour une meilleure résistance aux éléments extérieurs. Et elle rééquilibre les sécrétions hormonales, baisse le taux de cholestérol et fait chuter les risques cardio-vasculaires.

L’apprentissage de la série est ouvert à toutes et ne nécessite aucune expérience en yoga. La maitrise de la série d’exercices nécessite environ une quinzaine d’heures de cours pour ensuite pouvoir la pratiquer seule à la maison, en une petite demi-heure, de préférence à jeun le matin ou avant le dîner.

Le yoga des hormones agit parce qu’il fait appel à notre capacité d’auto-guérison, mais également parce qu’on prend plaisir à le pratiquer. Les exercices de visualisations et de circulation d’énergie permettent de prendre conscience de notre corps, de ressentir nos organes internes et de remettre de la conscience dans certaines zones délaissées de notre corps. En faisant circuler l’énergie et la chaleur interne nous permettons une irrigation sanguine plus intense. Les respirations intenses pratiquées tout au long des exercices améliorent l’alimentation en oxygène, non seulement de nos poumons, mais de notre corps tout entier, ce qui améliore notre métabolisme. En absorbant mieux l’oxygène nos tissus absorbent mieux également les nutriments. Les résidus et les toxines sont éliminés plus facilement.

Les mouvements de contraction et de détente du périnée et des muscles du petit bassin accroissent considérablement le taux d’oxygène dans le sang et vont jusqu’à multiplier par 4 le taux d’oxygénation génitale, ce qui favorise la santé gynécologique, souvent entravée par une stagnation du sang. Savoir contacter par la pensée le périnée va le stimuler et nous permettre d’y inscrire de nouvelles empreintes sous formes d’engrammes tissulaires, la mémoire de notre identité véritable est progressivement libérée de nos conditionnements familiaux limitants.

Parce qu’il a une double fonction de stockage et d’évacuation, l’utérus aura toujours une propension à se faire réceptacle de nos émotions puis à chercher à les évacuer. De ce fait, il est d’autant plus important que le sang et l’énergie circulent bien dans notre utérus et dans notre bassin. Sans cela, on pourra rapidement ressentir ce blocage par des symptômes lors des règles, des douleurs, des gênes, voire garder l’empreinte de ces émotions bloquées dans des troubles psychiques. Rétablir la libre circulation dans cette région, en pratiquant des exercices de yoga et de visualisation, nous permet de récupérer l’énergie et de la diffuser.

Donner naissance et renaissance

Donner naissance et renaissance
La sexualité dans le post-partum
Parmi les éléments du post-partum il en est un qui n’est que rarement abordé, c’est celui des retrouvailles avec son corps. Un corps différent, qui n’est plus celui de la grossesse, ni tout à fait celui d’avant la conception. A fortiori, lorsque les choses ne se sont pas tout à fait passées comme prévu et que l’on a subi les affres de la césarienne, de l’épisiotomie, des forceps ou des spatules.
Dans ce nouveau corps il faut réapprendre parfois à peu près tout, des sensations les plus basiques jusqu’aux fonctions naturelles du corps : manger, sentir, pisser, chier, désirer, avoir froid ou chaud. Il peut y avoir des douleurs, des peurs, des traumas, des changements, voire des pertes de sensation. Alors le temps du post-partum c’est aussi celui d’une véritable renaissance jalonnée de découvertes, d’avancées et parfois de reculs, d’étonnement et d’apprentissages qui calquent parfois étrangement ceux du petit que nous avons mis au monde.
Dans ce contexte, les sensations sexuelles peuvent étrangement revenir rapidement, malgré l’intensité de l’étirement des parties génitales causé par la naissance, malgré peut-être la violence des instruments, des bistouris et des points, malgré aussi l’insensibilité amenée par l’anesthésie. Au contraire elles peuvent ne pas revenir tout de suite… voire, ne pas revenir du tout. Et puis, en cas d’allaitement, la libido peut être un peu à la baisse, sous l’effet de la prolactine, les sensations dans la poitrine un peu différentes, voire désagréables. Sans compter la fatigue, le manque de temps et d’intimité pour les parents.
Alors comment gérer tout ces changements ? Comment ne pas complètement déserter le royaume du plaisir ? Tout d’abord s’écouter, prendre son temps et ne pas culpabiliser. Donner naissance n’est pas un acte anodin. Il peut être vécu de la façon la plus merveilleuse, la plus réjouissante, voire la plus excitante possible. Mais cela peut aussi être assez difficile, voire traumatisant. Dans le premier cas, vous n’aurez probablement pas de difficulté à gérer les problèmes physiques, mais vous aurez peut-être plus de souci à trouver votre nouveau rôle de mère et d’amante. Dans le second cas vous aurez peut-être uniquement les changements physiques à encaisser, ou pire, les deux aspects seront difficiles pour vous.
Dans tous les cas, soyez à l’écoute de vos sensations physiques : elles sont les meilleures guides possibles. Écoutez-vous et communiquez à votre partenaire vos envies mais aussi vos peurs et vos dégoûts. Et si les douleurs ou les traumas persistent au-delà de quelques semaines après l’accouchement, n’hésitez pas à consulter une sage-femme spécialisée dans l’accompagnement psychologique, un/e psychothérapeute ou un/e sexothérapeute pour travailler sur ce qui bloque. Une consultation ostéopathique ou un shiatsu peuvent également permettent de dénouer les blocages d’énergie et les traumas au niveau du périnée. Et surtout, ne vous forcez pas, n’allez pas plus vite que ce qui est bon pour vous. Cela ne fera qu’entravez le processus de guérison, renforcer encore plus les tensions et les peurs.
Ensuite, à votre rythme, prenez du temps pour vous, pour écouter vos envies, pour toucher votre sexe, éventuellement votre cicatrice, la masser, détendre les tissus douloureux et apporter de la douceur là où il n’y a eu qu’intensité et douleurs. Si vous avez envie, c’est très bien également de faire ce type d’exercice avec votre partenaire : demandez-lui qu’il/elle vous touche doucement, vous caresse, vous masse, sans chercher à provoquer d’excitation sexuelle ou de désir, en lui précisant précisément quelle partie de votre corps a envie d’être touchée, quels sont vos besoins et quelles sont vos limites. Vous avez le droit de ne pas avoir tout de suite envie qu’on touche votre vulve ou votre poitrine.
Et rappelez-vous une chose : la pénétration vaginale n’est pas une fin en soi, elle est loin d’être la pratique préférée par les femmes pour obtenir du plaisir et nous avons des tas d’autres parties du corps qui sont très érogènes et qui ne demandent qu’à être touchées, massées, sucées, pincées ou mordues. Alors profitez de ce moment pour découvrir d’autres façons d’avoir du plaisir seule ou à deux. Il sera toujours temps de reprendre la pénétration dans quelques mois, voire quelques années… pour refaire un enfant !

La qualité de votre accouchement pourrait-elle déterminer la qualité de votre vie sexuelle future ? Regards sur l’accouchement orgasmique.

La qualité de votre accouchement pourrait-elle déterminer la qualité de votre vie sexuelle future ? Regards sur l’accouchement orgasmique.
 
Prendre le temps
Créer du temps et de l’espace pour la relation amoureuse avant la grossesse et pendant la grossesse permettrait de créer les meilleures conditions possibles pour un accouchement heureux, sans risque, sensuel, amoureux voire orgasmique ! Pour la personne qui porte l’enfant[1], la grossesse, par l’énergie qu’elle demande et la fatigue qu’elle occasionne, est une excellente période pour prendre du temps pour soi, apprendre à respecter ses rythmes, ses besoins et se faire du bien. Pour le couple, c’est également le moment idéal pour adopter de nouveaux comportements, consacrer plus de temps à soi-même, à l’autre et définir plus précisément vos priorités, vos valeurs et vos envies pour votre future vie de parents.
Cela vaut encore plus pour la sexualité. En effet, l’accouchement fait partie de votre future vie familiale, amoureuse, mais également sexuelle. Si la séparation de la sexualité et de la reproduction, grâce aux moyens de contraceptions et aux mouvements féministes et de libération sexuelle, a été indispensable pour affranchir le sexe et le désir hétérosexuel des risques de grossesse non-désirées, relier la reproduction à la sexualité dès lors qu’il s’agit d’une conception consciente[2] me semble indispensable pour retrouver l’animalité dont nous avons besoin pour accoucher naturellement.
La grossesse, nous le savons, peut engendrer de nombreux changements et de nombreuses perturbations dans la vie d’un couple et dans sa sexualité. Profitons-en pour que ces changements soient positifs et mettons en place avant l’arrivée de l’enfant un lien amoureux, sexuel et de confiance puissant et fort. En ce sens le vécu d’un accouchement naturel, serein et totalement imprégné par l’amour et le désir des parents ne pourra que renforcer et affirmer ce lien pour les années suivantes.
Communiquer
Bien sûr, la communication sera à la base de ce lien et lorsqu’elle sera rendue difficile, voire impossible, l’aide d’un/e thérapeute pourra être bienvenu. Les neuf mois de gestation peuvent paraître bien long pour la personne qui porte le bébé mais ne seront pas de trop pour préparer le couple aux changements d’identité, de représentations, de sensations et de relation que l’arrivée d’un enfant ne manquera pas d’occasionner.
Du point de vue de la communication le lien avec le bébé sera également primordial. En effet, il n’est pas forcément évident pour des adultes occidentaux de ne pas être parasité par la culture freudienne et la prégnance du tabou de l’inceste. C’est ainsi que nombre de couple se sentent inhibés dans leur sexualité par la présence d’un tiers dans le ventre d’une des deux personnes (que cela se manifeste sous la forme de « faire du mal au bébé » ou de se sentir intrusé ou observé par le petit).
Attention, il ne s’agit pas ici d’oublier les risques réels de fausse-couche, d’infection ou d’accouchement prématurés dans le cas d’un oeuf mal accroché ou d’un col ouvert. Ni de banaliser les abus sexuels et les incestes qui détruisent la vie de trop nombreux enfants. Au contraire, reconnaître la nature sexuelle de la procréation permettrait, à mon sens, de remettre à sa juste place l’enfant dans la sexualité de ses parents : la vie humaine est intimement liée à la vie sexuelle, la gestation et l’accouchement font partie de celle-ci. Au contraire, plus l’accouchement est médicalisé et technicisé, plus les personnes qui accouchent sont dépossédées de leur corps, de leur puissance et de leur animalité (donc de leur sexualité). Et plus le fossé entre amant/es et parents se creuse, plus les couples perdront leur complicité sexuelle et plus l’enfant sera vu comme la cause de l’absence de vie sexuelle.
Oui mais comment on fait ?
Tout d’abord se respecter et respecter les besoins de l’autre.
Si mon approche résonne en vous, continuez à vous document sur le sujet (voir par exemple le site https://www.orgasmicbirth.com/), lisez des livres, visionnez des films, parlez avec des personnes qui partagent votre opinion.
Prenez le temps de souffler, de déterminer ce dont vous avez envie et comment vous avez envie de vous l’offrir.
Reposez-vous et détendez-vous, le stress et la fatigue sont l’ennemi n°1 de la grossesse ET de la sexualité.
Enfin, si vous vous sentez dépassé/e, prenez contact avec un/e professionnel/le ouvert/e et bienveillant/e, sage-femme libérale, doula, psychothérapeute, haptonome, sexothérapeute.
[1] Dans cet article je parlerai de « personne qui porte le bébé » et de deuxième parent afin de ne pas réduire la parentalité à un couple hétérosexuel homme/femme. Même si la plupart des personnes qui portent des enfants se reconnaissent comme femme, un certain nombre d’individu ne s’identifie pas à cette catégorie. De plus, de plus en plus de trans FTM (femme vers homme) portent des enfants. Enfin, le second parent n’est pas forcément un homme, un père.
 
[2] Je ne considère pas que pour être consciente et sexuelle la conception doive être forcément naturelle et hétérosexuelle. Bien au contraire, les conceptions médicalisées (hétérosexuelles ou queer) sont parfois bien plus conscientes, choisies et désirées que bien des conceptions résultant d’un coït.