C’est ainsi que je réapparais

C’est ainsi que je réapparais (titre inspiré de la bd “C’est comme ça que je disparais” que Mirion Malle a consacrée à la question des effets des violences sexuelles sur la santé mentale.
Revivre, renaître, renouer avec la vie. Sortir de l’état traumatique, guérir les blessures psychiques laissées par les violences sexuelles, redevenir vivante et ne plus être seulement une survivante. Parce que c’est ça ce que ça fait un viol, c’est ce que nous font les abus et les violences sexuelles (que subissent la plupart des femmes sous une forme ou sous une autre) : nous disparaissons.
C’est une disparition progressive, insidieuse, discrète. Qui peut passer inaperçu, même aux yeux de l’intéressée. Nous cessons progressivement de sortir, la peur guide notre vie, la joie s’émousse, le désir, le plaisir, jusqu’à l’envie de vivre disparaissent parfois. Pourtant nous continuons de travailler, de prendre soin de nos enfants, de dire « bonjour, oui ça va et toi », nous continuons à fonctionner mais à l’intérieur c’est tout mort. Nous ne sommes pas vivantes mais survivantes.
Oui il y a bien des coups de blues parfois (que nous jugeons excessifs), des crises parfois (jusqu’à la panique), des blocages (sexuels, souvent). Mais bon ça roule, on peut bien vivre en étant morte.
Mais finalement, au bout d’un temps, ça s’aggrave, ça s’accumule, ça bloque : on n’y arrive plus. On n’arrive plus à faire semblant, le sexe devient insupportable, on se glace, on se fige, on crie. A l’occasion d’une odeur, d’un souvenir, d’une rencontre. Et tous ces souvenirs qu’on avait si puissamment enfouis, qu’on croyait morts et enterrés, n’agissant plus sur nous (d’ailleurs ils n’ont jamais agi sur nous, peuh !… mouais, mon cul !) nous reviennent en pleine gueule.
Et c’est déjà énorme, c’est déjà que le processus de guérison, de revitalisation est à l’œuvre. Et bien souvent on s’aperçoit que revisiter ces douleurs, ces traumas, ce passé qu’on a tant cherché à faire taire, eh bien c’est beaucoup moins effrayant que ce qu’on pensait. Que ces souvenirs nous font beaucoup finalement moins chier une fois qu’on s’y est confronté plutôt que toutes ces années où on a essayé de les ignorer.
Parce qu’en fait rester dans le déni, dans l’évitement, c’est rester dans le trauma. Ce sont des mécanismes de défense qui nous protègent sur le moment de l’effroi, de l’horreur de l’abus, mais ce sont des mécanismes qui nous enferment, qui nous tuent à petit feu lorsqu’ils deviennent un état chronique. Lorsque nous activons des mécanismes comme la dissociation, l’évitement psychique, pour nous protéger des souvenirs traumatiques nous leur accordons toute la puissance, toute la charge et toute la violence émotionnelle de l’abus en lui-même ; alors que c’est du passé. Au lieu de le traiter comme un souvenir parmi les autres, aussi atroce soit-il, mais un souvenir passé, qui n’est plus, nous faisons vivre à notre corps et à notre cerveau un état d’alerte et de défense permanent. Et c’est épuisant. Et ça nous empêche de vivre de manière libre et épanouissante.
Bien sûr nous ne faisons pas ça de manière consciente ni choisie. C’est la peur de revivre de telles violences, c’est pour ne pas oublier cette partie de nous qui a été blessée, c’est pour tenter de se guérir que l’on fait tout ça. Et bien souvent on doit en passer par là avant d’avancer, avant de guérir. Et ça peut prendre des mois, des années. Voire des décennies.
Mais un jour vient le moment où l’on est prête à avancer. On est prête à regarder l’horreur en face, à mettre les mots « viol », « abus », « victime », « agresseur », « trauma ». À accéder au passé, à revisiter ces souvenirs, à baisser la garde. Et finalement ça fait moins peur qu’on le pensait.
Le truc souvent c’est que quand on se met à travailler sur ce type de souvenirs on commence à aller moins bien. Ce qui fonctionnait, tout ce qu’on contrôlait commence à se casser la figure, on ne tient plus trop debout et on se met à douter. À regretter de s’être lancée là-dedans alors que ça n’allait pas si mal. Mais il faut tenir bon, il faut traverser ce tunnel, c’est de cette perte de contrôle, c’est dans les cendres de la survie que rejaillira la vie, la joie, la libération.
Et ça vaut le coup !
Croyez-moi.

Quand l’épigénétique explique les transmissions transgénérationnelles

 

ÉPIGÉNÉTIQUE : ce terme, dont l’utilisation est assez récente et à la mode, est relatif auxchangements, aux modifications et aux altérations que subissent les gènes au cours de notre vie, sans qu’il y ait de modification de notre séquence d’ADN. En d’autres termes, l’épigénétique c’est tout ce qui est acquis, par le contact avec l’environnement, l’extérieur, les relations humaines, l’alimentation, le climat et j’en passe. Certaines mutations peuvent être positives (l’apprentissage de certains savoir-faire), d’autres le sont beaucoup moins (comme les traces liées à un traumatisme par exemple).
Selon certain/es chercheur/es, ces modifications génétiques pourraient être transmises à notre descendance[1]. C’est là que cela devient problématique, cette transmission pouvant être à l’origine de l’apparition de certaines maladies physiques et mentales, notamment par le biais d’un taux élevé de stress durant la gestation et/ou la petite enfance. Celui-ci entraînant une forte réactivité des glandes surrénales et de l’axe hypothalamo-hypophysaires, responsables de la régulation du stress, et un dérèglement de la production de cortisol (l’hormone du stress).
Depuis les années 1980, de nombreuses recherches ont étudié le lien entre le maternage précoce et la réponse au stress de l’axe hypothalamo-hypophysaire[2]. Les mécanismes épigénétiques auraient donc un rôle important dans le phénomène d’empreinte parentale, c’est-à-dire dans la construction d’un attachement plus ou moins sécure. Ce dernier influençant jusqu’à l’âge adulte notre capacité à nous lier amoureusement. Dans ce contexte, la vie utérine et embryonnaire semble particulièrement sensible aux perturbations épigénétiques[3]. Ainsi donc les conditions dans lesquelles nous avons été conçu/e, puis les soins que nous avons reçus durant les trois premières années de notre vie impacteraient notre santé mentale et physique, notre bien-être et notre capacité à surmonter les périodes difficiles.
Ces recherches en génétique viennent enrichir notre compréhension des mécanismes d’attachement étudiés par Winnicott, Bowlby et d’autres, mais aussi elles permettent de comprendre et de mettre des mots précis, rationnels, scientifiques (pour celles et ceux qui ne sont pas très porté/es sur les approches plus spirituelles ou surnaturelle de transmission transgénérationelle) sur les phénomènes de passage de caractéristiques, de maladie, d’apparence, de schémas de répétition, de violences d’une génération à l’autre (pas uniquement des parents biologiques aux enfants, mais aussi d’un/e aïeul/e méconnue à un/e nouveau-né/e, d’un/e parent adoptif/ve à une/e enfant adopté/e etc). Ainsi quand Salomon Sellam écrit que durant la préconception et la gestation « les évènements qui se produisent, remarquables ou anodins, positifs ou négatifs vont être à l’origine de la constitution d’un message inconscient auquel l’enfant obéira à son insu, y compris à l’âge adulte. C’est une forme d’imprégnation ou d’incorporation émotionnelle »[4], on pourrait très bien postuler que ce « message inconscient » se situe au niveau cellulaire ; au niveau de l’épigénétique.
Mais si ce « Projet/Sens-Gestationnel », ce message inconscient que décrit Salomon Sellam, peut enfermer l’enfant dans des loyautés, nous coincer dans des schémas familiaux, le travail thérapeutique peut nous en libérer. On en aurait même la confirmation scientifique car il semblerait que les modifications épigénétiques soient réversibles[5]. Heureusement car ce conditionnement, qu’il soit génétique ou inconscient rime bien souvent avec malédiction. Puisque l’épigénétique est réversible, on doit pouvoir agir, guérir et se débarrasser de ce qui nous encombre et espérer ne pas le refiler à notre descendance.
C’est là que les techniques de méditation, de sophrologie, d’EMDR ou encore d’hypnose sont particulièrement bénéfiques pour nettoyer nos cellules des traumas et autres stress que nous, ou nos ancêtres, avons vécus. Ainsi donc, méditer, travailler sur ses traumatismes, guérir sa tête c’est aussi guérir son corps, nettoyer les mémoires anciennes qui parasitent notre corps et empoisonnent notre vie quotidienne. L’un ne va pas sans l’autre, nous ne sommes pas qu’un psychisme incarné dans la matière, nous sommes tout autant notre cerveau, notre ventre, notre sexe, les millions de cellules qui composent notre être et qui portent les traces de celles et ceux qui sont venu/es avant nous.
[1] Comme le déplore John Greally, professeur de génétique, de médecine et de pédiatrie au Albert Einstein College of Medicine de New York les spécialistes ne sont pas encore tous/tes d’accord sur ce point.
[2]MONHONVAL Pauline et LOTSTRA Françoise, « Transmission transgénérationnelle des traits acquis par l’épigénétique », in Cahiers de psychologie clinique, 2014/2 n° 43, p. 29 à 42.
[3]LAMBERT Nelle, « Génétique et transmission transgénérationnelle », in Cahiers de psychologie clinique, 2014/2 n° 43, p. 11 à 28.
[4]SELLAM Salomon, Le secret des amours difficiles, p. 48.
[5] C’est en l’occurrence la recherche menée depuis 2013 par le chercheur Jamie Hackett à l’Université Cambridge qui émet cette hypothèse.

Construction identitaire et attachement chez les enfants adoptés ou nés de PMA.

« Les enfants adoptés c’est toujours compliqué », « la PMA ça n’est pas naturel, si l’on est stérile c’est comme ça, on ne devrait pas forcer les choses », « mais c’est qui tes « vrais » parents ? »
Vous avez certainement déjà entendu ce type de phrases lors d’une discussion évoquant l’adoption, la procréation médicalement assistée, la gestation pour autrui ou encore les familles homoparentales. Peut-être partagez-vous ces avis et connaissez-vous quelques enfants adoptés qui ont eu une adolescence compliquée, qui sont insécures ou qui n’arrivent pas à fonder leur propre famille.
Je ne nie pas que l’adoption ou la PMA, qu’elles soient à destination de parents hétérosexuels ou de parents homosexuels, puissent engendrer un certain nombre de questions, de difficultés et d’insécurité – aussi bien chez les enfants que chez leurs parents. Ce que je dis, ce que j’aimerai montrer avec cet article issu de travaux de recherches récents, c’est qu’il est grand temps de remettre en question ces croyances qui sont plus néfastes qu’utiles, particulièrement lorsqu’elles sont assenées par des thérapeutes se prétendant vouloir aider des familles en difficulté.
Comme dans bien d’autres cas psychologique, les origines des problèmes rencontrés par les familles de ce nouvel ordre prennent souvent racines dans les représentations sociales. Au premier rang desquelles la primauté des liens biologiques. Croyance qui produit un vocabulaire pour le moins insécurisant et discréditant, tel que le qualificatif de « vrais parents » pour désigner les géniteurs/trices, qu’ils soient des parents ayant abandonné leur enfant, des mères porteuses ou des hommes ayant donné leur semence à une banque de sperme. Ces derniers seraient plus « vrais » que les celles et ceux qui changeront les couches pendant des années, donneront le biberon la nuit pendant des mois, cajoleront, joueront et aimeront leur enfant « non biologique » jusqu’à la fin de leurs jours.
Cette primauté des liens de sang est non seulement objectivement ridicule mais surtout extrêmement nocive pour l’image que ces « faux parents » auront d’eux-mêmes, persuadés de n’en faire jamais assez, vivant toujours dans la crainte d’être débusqués ou remplacés par leurs pendants biologiques, perçus comme plus réels. Cette conception biologisante de la parentalité n’est pas sans conséquence non plus sur les enfants, qui recevront leur vie durant des messages négatifs sur leur identité, celle de leurs parents et sur leur famille[1].
Les effets de telles conceptions pourront être profonds et graves, a fortiori s’ils ne sont pas corrigés tôt et durablement. Je l’ai dit, l’une des premières conséquences sera un sentiment douloureux et persistant d’insécurité parentale. Celle-ci pouvant mener, selon les individus, soit à une négation des parents biologiques ou des modes de conception ayant fait appel à des donneurs/donneuses extérieur/es, soit à un rappel constant des origines biologiques de l’enfant, pouvant entraîner le sentiment chez ce/tte dernièr/e d’être rejeté/e par son parent. Cela pourra également entraîner de la rivalité, voire du ressentiment, entre les conjoints, notamment dans le cas d’une PMA où l’un des deux parent aura porté son enfant tandis que l’autre ne l’aura pas conçu avec son matériel biologique, que ce soit parce qu’il est un homme stérile, qu’elle est une femme ou une personne trans ne pouvant concevoir un enfant avec son/sa partenaire.
Nombre de thérapeutes familiaux soulignent l’importance de reconnaître le passé, parfois douloureux et violents, de l’enfant qu’ils ont adopté. Ou encore de ne pas nier les conditions dans lesquelles leur enfant a été conçu, dans le cas d’une PMA. Ainsi est-il nécessaire d’accepter que son enfant désire un jour en savoir plus sur son/sa/ses géniteurs, sans que cela ne remette en question l’amour, l’attachement et la légitimité qu’il ressent à l’égard de ses parents. Tout comme il sera important et salutaire d’accueillir la part d’étrangeté propre à l’enfant, pouvant parfois faire écho à sa famille d’origine ou venir jeter le trouble dans l’équilibre fragile mais confortable du mimétisme filial.
Zoé Rosenfeld et Isabelle Duret remarquent dans leur clinique que « plus les parents sont capables d’envisager conjointement la filiation biologique et adoptive dans une même représentation graphique, plus l’adoption réciproque est accomplie, plus les relations parents-enfants sont bonnes et les conflits négociables »[2]. À l’inverse, plus les parents seront dans le déni de l’existence des géniteur/ices et des origines de leur enfant, plus les relations seront conflictuelles et difficiles.
L’époque de l’adolescence, avec son lot de remise en question, de bousculement des valeurs familiales et de confrontations avec les parents (aussi importants soient-ils pour la construction identitaire de l’adolescent/e) sera souvent l’occasion de disputes violentes pouvant causer des ruptures. Elle verra également parfois, si les choses n’ont pas été réglées avant, émerger des conflits de loyauté (Bydlowski, 2000) pour l’enfant en train de se construire comme adulte. En effet, en venant au monde l’enfant contracte une dette vis-à-vis de ses parents qui lui ont donné la vie. Celle-ci donnant au fur et à mesure qu’il/elle grandit un sentiment de loyauté à l’égard de sa famille, le/a poussant à l’exprimer en perpétuant les traditions familiales et ses valeurs et en chérissant ses parents[3]. Dans le cas d’une double filiation, biologique et affective/adoptive, si le rapport avec la famille d’origine est empreint de secret, de douleur et d’insécurité, l’enfant se sentira en conflit de loyauté, ne sachant plus s’il/elle doit être loyal/e avec celle qui l’a engendré, au risque de blesser sa famille adoptive ou déloyal/e avec celle-ci, au risque de renier une part de lui/d’elle (Boszormenyi-Nagy, 1973).
Pour éviter un tel risque la meilleure approche est d’honorer l’ensemble des parents pour ce qu’ils apportent à l’enfant, que ce soit au quotidien dans leur amour et leur soutien ou que ce fut uniquement en tant que matériel biologique. Ainsi, parents adoptifs et parents biologiques, géniteur et génitrices, pères et mères officiel/les ou non, tous et toutes sont pris/es dans un réseau de dettes réciproques, d’amour, de liens, de mérites et de respect qui peuvent être travaillés en thérapie familiale et intégrés par l’enfant à son rythme et selon ses besoins. Dès lors la gratitude des géniteurs/trices à l’égard des parents adoptants qui prennent soin de l’enfant qu’ils ont mis au monde pourra être exprimée et entendue, tout comme celle de ces derniers à l’égard des parents biologiques qui ont mis au monde l’enfant qui comble leur famille (je fais ici référence à un travail de constellation familiale bien sûr, qui ne ferait pas réellement se rencontrer les différent/es protagonistes du groupe familial).
Dans ce cadre, l’enfant pourra, sans craindre d’être déloyal/e, honorer et chérir chacun/e des hommes et des femmes qui lui ont permis de voir le jour puis de grandir. L’ensemble de ses origines pouvant être reconnues sans entrer en concurrence les unes avec les autres.
On le sait grâce aux travaux des psychogénéalogistes, les parents qui donnent la vie transmettent avec leurs gènes d’autres informations, porteuses de leur histoire et de celle de leurs ascendant/es. Mais ces transmissions, qui font se relier entre eux les prénoms, les dates de naissance ou de mort, voire les goûts et les professions, n’ont pas besoin des liens du sang pour passer d’inconscient à inconscient[4]. Le partage des rites et des mythes familiaux va inscrire l’enfant dans sa filiation créer cet attachement, cette loyauté au clan quasi indéfectible.
D’un point de vue transgénérationnel, si l’on sait que les traumas passés peuvent se propager par la génétique, l’on sait aussi combien le passage se fait aussi sur d’autres plans (le quantique, dirait psychanalyste transgénérationnel Bruno Clavier qui souligne que les transmissions psychogénéalogiques se font tout aussi bien chez les enfants adoptés que chez les enfants de sang). Il n’y a qu’à voir combien sont fréquents les enfants qui ressemblent physiquement et/ou psychologiquement comme deux gouttes d’eau à leurs parents alors qu’ils/elles ne partagent pas une goutte… de sang avec eux/elles !
· [1] ROSENFELD Zoé, BURTON Julie, de COSTER Lotta et DURET Isabelle, « Adoption et construction identitaire » in Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratiques de réseaux, 2006/2 n°37, p. 157-171.
[2] DURET Isabelle et ROSENFELD Zoé, « La maternalité adoptive en question « Maman, je t’ai eue dans mon ventre ! » », in Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratiques de réseaux, 2012/2, n°49, p. 57-70.
[3]CANREIRON Claudio, « Quelle approche adopter pour quelle adoption ? », in Thérapie familiale, 2007/3, vol. 28, p. 291-303.
[4] DURET Isabelle et ROSENFELD Zoé, « La maternalité adoptive en question… Ibid.

Yoga des hormones, bien-être sexuel et physique

En attendant notre stage de yoga des hormones au mois de juillet, une présentation rapide de cette formidable technique si bénéfique pour notre corps et notre bien-être.

Le yoga des hormones, appelé aussi Hormone Yoga Therapy, a été inventé par Dinah Rodrigues dans les années 1990 grâce à ses connaissances du yoga et à un travail en collaboration avec un gynécologue. Il vise à remonter le niveau hormonal, bien souvent la cause de nombreux symptômes et pathologies, des femmes de tous les âges. Le stress combiné à un niveau d’oestrogènes trop bas entraîne bien souvent des problèmes uro-génitaux, des pertes de cheveux, troubles de mémoire, troubles du sommeil, douleurs pendant les règles, manque de libido, des bouffées de chaleur ou des douleurs tendino-articulaires.

Elle consiste en une séquence de postures de yoga dynamique, inspirées du Hatha Yoga, du Kundalini Yoga et du Yoga de l’énergie associées à une respiration intense et une technique tibétaine de circulation d’énergie. Largement pratiquée au Brésil, au Canada et en Allemagne, entre autres, cette méthode est encore très mal connue en France où peu de professeures ont suivi cette formation.

Pratiquée 3 fois par semaine, elle réactive et rééquilibre rapidement les principales glandes responsables des sécrétions hormonales que sont les ovaires, la thyroïde, l’hypophyse et dans une moindre mesure les surrénales. Elle soulage, voire élimine totalement les bouffées de chaleur, la sécheresse de la peau et des muqueuses, l’insomnie, les migraines, les tendances dépressives, l’arthrose et les tendinites. Elle remplace avantageusement un traitement hormonal de substitution et prévient les problèmes de cholestérol, d’ostéoporose et de circulation.Elle stimule également la libido. Elle s’adresse à toutes les femmes à partir de 35 ans, ainsi qu’à toutes celles ayant un syndrome prémenstruel handicapant, des problèmes de stérilité, d’aménorrhée et d’hypothyroïdie. En raison de son efficacité, elle est contre-indiquée en pratique intensive en cas de cancer du sein, d’endométriose avancée, d’hyperthyroïdie importante, de problèmes cardiaques et bien sûr, pendant la grossesse. En outre, en stimulant tous les centres énergétiques, cette pratique contribue aussi à une tonification des abdos, du système digestif et elle augmente la souplesse et la force du diaphragme pour une meilleure résistance aux éléments extérieurs. Et elle rééquilibre les sécrétions hormonales, baisse le taux de cholestérol et fait chuter les risques cardio-vasculaires.

L’apprentissage de la série est ouvert à toutes et ne nécessite aucune expérience en yoga. La maitrise de la série d’exercices nécessite environ une quinzaine d’heures de cours pour ensuite pouvoir la pratiquer seule à la maison, en une petite demi-heure, de préférence à jeun le matin ou avant le dîner.

Le yoga des hormones agit parce qu’il fait appel à notre capacité d’auto-guérison, mais également parce qu’on prend plaisir à le pratiquer. Les exercices de visualisations et de circulation d’énergie permettent de prendre conscience de notre corps, de ressentir nos organes internes et de remettre de la conscience dans certaines zones délaissées de notre corps. En faisant circuler l’énergie et la chaleur interne nous permettons une irrigation sanguine plus intense. Les respirations intenses pratiquées tout au long des exercices améliorent l’alimentation en oxygène, non seulement de nos poumons, mais de notre corps tout entier, ce qui améliore notre métabolisme. En absorbant mieux l’oxygène nos tissus absorbent mieux également les nutriments. Les résidus et les toxines sont éliminés plus facilement.

Les mouvements de contraction et de détente du périnée et des muscles du petit bassin accroissent considérablement le taux d’oxygène dans le sang et vont jusqu’à multiplier par 4 le taux d’oxygénation génitale, ce qui favorise la santé gynécologique, souvent entravée par une stagnation du sang. Savoir contacter par la pensée le périnée va le stimuler et nous permettre d’y inscrire de nouvelles empreintes sous formes d’engrammes tissulaires, la mémoire de notre identité véritable est progressivement libérée de nos conditionnements familiaux limitants.

Parce qu’il a une double fonction de stockage et d’évacuation, l’utérus aura toujours une propension à se faire réceptacle de nos émotions puis à chercher à les évacuer. De ce fait, il est d’autant plus important que le sang et l’énergie circulent bien dans notre utérus et dans notre bassin. Sans cela, on pourra rapidement ressentir ce blocage par des symptômes lors des règles, des douleurs, des gênes, voire garder l’empreinte de ces émotions bloquées dans des troubles psychiques. Rétablir la libre circulation dans cette région, en pratiquant des exercices de yoga et de visualisation, nous permet de récupérer l’énergie et de la diffuser.

Donner naissance et renaissance

Donner naissance et renaissance
La sexualité dans le post-partum
Parmi les éléments du post-partum il en est un qui n’est que rarement abordé, c’est celui des retrouvailles avec son corps. Un corps différent, qui n’est plus celui de la grossesse, ni tout à fait celui d’avant la conception. A fortiori, lorsque les choses ne se sont pas tout à fait passées comme prévu et que l’on a subi les affres de la césarienne, de l’épisiotomie, des forceps ou des spatules.
Dans ce nouveau corps il faut réapprendre parfois à peu près tout, des sensations les plus basiques jusqu’aux fonctions naturelles du corps : manger, sentir, pisser, chier, désirer, avoir froid ou chaud. Il peut y avoir des douleurs, des peurs, des traumas, des changements, voire des pertes de sensation. Alors le temps du post-partum c’est aussi celui d’une véritable renaissance jalonnée de découvertes, d’avancées et parfois de reculs, d’étonnement et d’apprentissages qui calquent parfois étrangement ceux du petit que nous avons mis au monde.
Dans ce contexte, les sensations sexuelles peuvent étrangement revenir rapidement, malgré l’intensité de l’étirement des parties génitales causé par la naissance, malgré peut-être la violence des instruments, des bistouris et des points, malgré aussi l’insensibilité amenée par l’anesthésie. Au contraire elles peuvent ne pas revenir tout de suite… voire, ne pas revenir du tout. Et puis, en cas d’allaitement, la libido peut être un peu à la baisse, sous l’effet de la prolactine, les sensations dans la poitrine un peu différentes, voire désagréables. Sans compter la fatigue, le manque de temps et d’intimité pour les parents.
Alors comment gérer tout ces changements ? Comment ne pas complètement déserter le royaume du plaisir ? Tout d’abord s’écouter, prendre son temps et ne pas culpabiliser. Donner naissance n’est pas un acte anodin. Il peut être vécu de la façon la plus merveilleuse, la plus réjouissante, voire la plus excitante possible. Mais cela peut aussi être assez difficile, voire traumatisant. Dans le premier cas, vous n’aurez probablement pas de difficulté à gérer les problèmes physiques, mais vous aurez peut-être plus de souci à trouver votre nouveau rôle de mère et d’amante. Dans le second cas vous aurez peut-être uniquement les changements physiques à encaisser, ou pire, les deux aspects seront difficiles pour vous.
Dans tous les cas, soyez à l’écoute de vos sensations physiques : elles sont les meilleures guides possibles. Écoutez-vous et communiquez à votre partenaire vos envies mais aussi vos peurs et vos dégoûts. Et si les douleurs ou les traumas persistent au-delà de quelques semaines après l’accouchement, n’hésitez pas à consulter une sage-femme spécialisée dans l’accompagnement psychologique, un/e psychothérapeute ou un/e sexothérapeute pour travailler sur ce qui bloque. Une consultation ostéopathique ou un shiatsu peuvent également permettent de dénouer les blocages d’énergie et les traumas au niveau du périnée. Et surtout, ne vous forcez pas, n’allez pas plus vite que ce qui est bon pour vous. Cela ne fera qu’entravez le processus de guérison, renforcer encore plus les tensions et les peurs.
Ensuite, à votre rythme, prenez du temps pour vous, pour écouter vos envies, pour toucher votre sexe, éventuellement votre cicatrice, la masser, détendre les tissus douloureux et apporter de la douceur là où il n’y a eu qu’intensité et douleurs. Si vous avez envie, c’est très bien également de faire ce type d’exercice avec votre partenaire : demandez-lui qu’il/elle vous touche doucement, vous caresse, vous masse, sans chercher à provoquer d’excitation sexuelle ou de désir, en lui précisant précisément quelle partie de votre corps a envie d’être touchée, quels sont vos besoins et quelles sont vos limites. Vous avez le droit de ne pas avoir tout de suite envie qu’on touche votre vulve ou votre poitrine.
Et rappelez-vous une chose : la pénétration vaginale n’est pas une fin en soi, elle est loin d’être la pratique préférée par les femmes pour obtenir du plaisir et nous avons des tas d’autres parties du corps qui sont très érogènes et qui ne demandent qu’à être touchées, massées, sucées, pincées ou mordues. Alors profitez de ce moment pour découvrir d’autres façons d’avoir du plaisir seule ou à deux. Il sera toujours temps de reprendre la pénétration dans quelques mois, voire quelques années… pour refaire un enfant !

La qualité de votre accouchement pourrait-elle déterminer la qualité de votre vie sexuelle future ? Regards sur l’accouchement orgasmique.

La qualité de votre accouchement pourrait-elle déterminer la qualité de votre vie sexuelle future ? Regards sur l’accouchement orgasmique.
 
Prendre le temps
Créer du temps et de l’espace pour la relation amoureuse avant la grossesse et pendant la grossesse permettrait de créer les meilleures conditions possibles pour un accouchement heureux, sans risque, sensuel, amoureux voire orgasmique ! Pour la personne qui porte l’enfant[1], la grossesse, par l’énergie qu’elle demande et la fatigue qu’elle occasionne, est une excellente période pour prendre du temps pour soi, apprendre à respecter ses rythmes, ses besoins et se faire du bien. Pour le couple, c’est également le moment idéal pour adopter de nouveaux comportements, consacrer plus de temps à soi-même, à l’autre et définir plus précisément vos priorités, vos valeurs et vos envies pour votre future vie de parents.
Cela vaut encore plus pour la sexualité. En effet, l’accouchement fait partie de votre future vie familiale, amoureuse, mais également sexuelle. Si la séparation de la sexualité et de la reproduction, grâce aux moyens de contraceptions et aux mouvements féministes et de libération sexuelle, a été indispensable pour affranchir le sexe et le désir hétérosexuel des risques de grossesse non-désirées, relier la reproduction à la sexualité dès lors qu’il s’agit d’une conception consciente[2] me semble indispensable pour retrouver l’animalité dont nous avons besoin pour accoucher naturellement.
La grossesse, nous le savons, peut engendrer de nombreux changements et de nombreuses perturbations dans la vie d’un couple et dans sa sexualité. Profitons-en pour que ces changements soient positifs et mettons en place avant l’arrivée de l’enfant un lien amoureux, sexuel et de confiance puissant et fort. En ce sens le vécu d’un accouchement naturel, serein et totalement imprégné par l’amour et le désir des parents ne pourra que renforcer et affirmer ce lien pour les années suivantes.
Communiquer
Bien sûr, la communication sera à la base de ce lien et lorsqu’elle sera rendue difficile, voire impossible, l’aide d’un/e thérapeute pourra être bienvenu. Les neuf mois de gestation peuvent paraître bien long pour la personne qui porte le bébé mais ne seront pas de trop pour préparer le couple aux changements d’identité, de représentations, de sensations et de relation que l’arrivée d’un enfant ne manquera pas d’occasionner.
Du point de vue de la communication le lien avec le bébé sera également primordial. En effet, il n’est pas forcément évident pour des adultes occidentaux de ne pas être parasité par la culture freudienne et la prégnance du tabou de l’inceste. C’est ainsi que nombre de couple se sentent inhibés dans leur sexualité par la présence d’un tiers dans le ventre d’une des deux personnes (que cela se manifeste sous la forme de « faire du mal au bébé » ou de se sentir intrusé ou observé par le petit).
Attention, il ne s’agit pas ici d’oublier les risques réels de fausse-couche, d’infection ou d’accouchement prématurés dans le cas d’un oeuf mal accroché ou d’un col ouvert. Ni de banaliser les abus sexuels et les incestes qui détruisent la vie de trop nombreux enfants. Au contraire, reconnaître la nature sexuelle de la procréation permettrait, à mon sens, de remettre à sa juste place l’enfant dans la sexualité de ses parents : la vie humaine est intimement liée à la vie sexuelle, la gestation et l’accouchement font partie de celle-ci. Au contraire, plus l’accouchement est médicalisé et technicisé, plus les personnes qui accouchent sont dépossédées de leur corps, de leur puissance et de leur animalité (donc de leur sexualité). Et plus le fossé entre amant/es et parents se creuse, plus les couples perdront leur complicité sexuelle et plus l’enfant sera vu comme la cause de l’absence de vie sexuelle.
Oui mais comment on fait ?
Tout d’abord se respecter et respecter les besoins de l’autre.
Si mon approche résonne en vous, continuez à vous document sur le sujet (voir par exemple le site https://www.orgasmicbirth.com/), lisez des livres, visionnez des films, parlez avec des personnes qui partagent votre opinion.
Prenez le temps de souffler, de déterminer ce dont vous avez envie et comment vous avez envie de vous l’offrir.
Reposez-vous et détendez-vous, le stress et la fatigue sont l’ennemi n°1 de la grossesse ET de la sexualité.
Enfin, si vous vous sentez dépassé/e, prenez contact avec un/e professionnel/le ouvert/e et bienveillant/e, sage-femme libérale, doula, psychothérapeute, haptonome, sexothérapeute.
[1] Dans cet article je parlerai de « personne qui porte le bébé » et de deuxième parent afin de ne pas réduire la parentalité à un couple hétérosexuel homme/femme. Même si la plupart des personnes qui portent des enfants se reconnaissent comme femme, un certain nombre d’individu ne s’identifie pas à cette catégorie. De plus, de plus en plus de trans FTM (femme vers homme) portent des enfants. Enfin, le second parent n’est pas forcément un homme, un père.
 
[2] Je ne considère pas que pour être consciente et sexuelle la conception doive être forcément naturelle et hétérosexuelle. Bien au contraire, les conceptions médicalisées (hétérosexuelles ou queer) sont parfois bien plus conscientes, choisies et désirées que bien des conceptions résultant d’un coït.

SEXUALITE, GROSSESSE ET MATERNITE : LE MARIAGE SUPPOSÉ IMPOSSIBLE

 

 

Que disent les sexologues et les psy de cette période particulière de la vie ?

 

Que ce soit chez les sexologues ou chez les psy en France, le lien entre la sexualité et la grossesse n’est évoqué que sous deux angles réducteurs : le premier angle est celui de la conception (en particulier chez les psychanalystes, le lien qu’il y aurait dans le désir féminin entre envie d’enfant et envie d’un rapport sexuel… bon…), le second angle est carrément plus problématique, il concerne la question de la fameuse reprise des rapports sexuels – comprenez : « bon, chérie, quand est-ce qu’on baise ? ».

C’est cette question, hautement hétéronormée, est abordée quasi exclusivement à l’aune de la demande masculine, avec l’idée sous-jacente de la pénétration (je pense que ce qui rebute plus fréquemment les femmes hétérosexuelles à reprendre une vie sexuelle après un accouchement c’est plus le missionnaire que recevoir un cunnilingus).

Je vous passe carrément les appels au viol (c.f. le pédopsychiatre Aldo Naouri) et les « à un moment donné il va falloir se forcer un peu madame », mais en gros, je n’ai jamais trouvé rien de bon dans cette littérature, à part des écrit culpabilisants, normatifs et enfermants.

 

 

Mais alors, qu’est-ce qu’on fait ?

 

Je vous le demande, en effet ! Parce qu’on ne va pas nier que cette période particulière de la vie a des conséquences sur la vie sexuelle, le désir, la libido. D’abord évidemment il y a les hormones qui jouent, en positif comme en négatif, sur la personne qui porte le bébé[1]. Et puis il y a les éventuels stress et anxiété, la fatigue de la personne enceinte et des jeunes parents, les changements de représentation que l’on se fait de son/sa partenaire sexuel/le qui devient parent, les changements physiques etc.

Tout cela perturbe, si l’on en croit le nombre impressionnant d’articles consacrés au sujet sur les blogs, les forums et les sites de vulgarisation médicale en ligne. Et beaucoup (trop) de couples se retrouvent seuls avec leurs questions, leurs doutes, leurs peurs et leurs frustrations. Ne trouvent pas de réponse ni de solution et cela ne s’arrange pas lorsque le nouveau-né arrive dans leur vie, perturbe leur sommeil, leurs rythmes, leurs habitudes et leur intimité.

Avant que tout cela se termine en lit séparé, sans tendresse, sans sexe et sans désir, il y a pourtant des solutions, des pistes à essayer, des risques à prendre pour changer les choses. Car bien souvent, la grossesse et la parentalité n’apportent rien de tout à fait nouveau, elles ne font que mettre en exergue ce qui était déjà là dans le couple : les failles, les doutes, les tabous, les hontes, les frustrations et les ennuis.

Alors donc, cette période, charnière entre deux amant/es, est donc le moment idéal pour remettre les choses sur le tapis : redéfinir ses envies, ses limites et ses besoins. Redéfinir le cadre de sa vie sexuelle, oser dire « je veux » et oser dire « non », se dévoiler un peu plus et découvrir de nouvelles façons de faire et de désirer. Mais avant de parvenir à tout cela, voyons rapidement ce qui peut poser problème pendant la gestation.

 

 

Quand la libido s’envole parce que l’on craint de nuire à la grossesse.

 

On retrouve ce sujet abordé aussi bien dans les sites internet de vulgarisation que dans les écrits des sages-femmes ou des spécialistes de la grossesse. Mais il reste peu développé en dehors des habituels rappels qu’il n’est pas dangereux d’avoir des rapports sexuels durant une grossesse dite « normale » – on ne sait pas quoi faire du coup pour les grossesses dites « à risque », l’abstinence totale ? ou seulement l’absence de rapports pénétratifs ?

Une analyse approfondie de la littérature scientifique permet de préciser un peu les choses : il semblerait que les pratiques qui déclenchent la production d’ocytocine (stimulation des mamelons, du clitoris et orgasme) seraient à l’origine de contractions utérines – et donc d’un risque accru d’accouchement prématuré ou de fausse-couche. Quant aux pratiques qui induisent la production de prostaglandine (stimulation du col de l’utérus ou éjaculation vaginale) seraient à l’origine d’une ouverture prématurée du col de l’utérus (et donc in fine des mêmes risques d’accouchement prématuré ou de fausse-couche). Enfin, les femmes sujettes aux infections vaginales feraient plus fréquemment des accouchements avant terme que les autres.

Mais en dépit de ces quelques liens de cause à effet, il n’existe pas réellement d’études à ce jour attestant d’un lien entre les accouchements prématurés, ou les fausses couches, et les rapports sexuels – y compris chez les grossesses dites « à risque ».

 

 

Mais en dehors de la pathologie, les questions de désir et de fantasme ?

 

Oui, parce qu’une fois écartée (à peu près) les risques de fausse-couche, il n’empêche que l’on a pas forcément envie de sexe pendant la grossesse, que ce soit du côté de la personne qui porte le bébé que du/de la partenaire. On ne va pas se mentir, notre culture judéo-chrétienne, au centre de laquelle trône la vierge Marie/Immaculée conception, ne nous aide pas du tout à associer la maternité à la sexualité. On peut même le dire que c’est plutôt tout le contraire. Et ce n’est pas la psychanalyse freudienne qui va nous aider avec les théories de la maman vs la putain.

Et puis c’est vrai que l’imaginaire érotique hétérosexuel distingue bien clairement la femme/amante/sexy de la mère/sainte/intouchable/désérotisée. Et ça c’est un gros problème, que ce soit pour les femmes qui se retrouvent enceinte et qui ne disposent d’aucune image de mère puissante, sexy et désirante (pas uniquement désirable, hein !), que du côté des partenaires chez qui l’idée de la femme enceinte et de la mère est associé au tabou de l’inceste, à des souvenirs régressifs de l’enfance – voire pire, à des images anti-sexy de ménagère aux seins pendants, au ventre mou et au jogging tâché de vomi de bébé.

Bref, vous l’aurez compris, ça n’est pas dans la culture populaire que l’on va trouver de quoi nous aider. Et puis, il faut reconnaître que l’arrondissement du corps de la personne qui porte l’enfant n’est pas forcément apprécié par celle qui le vit, pas plus qu’il n’est valorisé dans notre société. Effectivement, il est loin le temps où l’on vénérait les déesse de la fertilité aux ventres ronds, aux seins lourds et chargés de lait et aux hanches girondes. Là encore, les canons de beauté d’extrême minceur et de corps parfaits sont loin de nous faciliter la tâche pour nous épanouir sexuellement.

 

 

Soyons éclant/es de sexualité pendant la grossesse

 

Pourtant, certaines hormones durant la grossesse peuvent avoir un effet sacrément positif sur la libido si l’on sait en profiter : poitrine et vulve beaucoup plus érogène (voire sensible), peau et cheveux soyeux et parfois pics de désir pour la personne qui vit la grossesse. Si les personnes enceintes étaient valorisées aussi en tant que sujet de désir elles seraient sans doute bien plus épanouies sexuellement.

Mais dans tout ces discours négatifs, émergent quand même quelques voix dissonantes, qui affirment haut et fort le lien entre grossesse, parentalité et sexualité. Eh oui, on finirait presque par oublier que pour faire un bébé tout commence par la sexualité. Comme si, une fois conçu, le bébé venait effacer le caractère sexuel de sa conception, anéantir le désir entre les parents et désérotiser le foyer familial. Ainsi le courant Orgasmic birth promeut une vie sexuelle complètement mêlée à la vie reproductive. Une approche plus animale, un retour aux sources en quelque sorte, sans la soumission des femmes au désir masculin, ni aux grossesses à répétition, subies et non voulues. Une sorte de « comme avant mais en mieux ».

Mais qu’est-ce que ça veut dire, concrètement ? Eh bien concrètement ça veut dire retrouver la beauté et la puissance chez les personnes qui vivent les grossesses. Ne plus être limitées à être des poules pondeuses asexuées (ou simplement fantasmées par les relous dans la rue qui tripoteraient bien leur « ventre rond »), se réapproprier leur vie sexuelle dans ses rapports avec l’enfantement, en finir avec la haine de soi et d’un corps imparfait et se découvrir sexuellement. Ca veut dire aussi s’offrir le luxe d’accoucher dans le plaisir, voire avec un orgasme, écouter son corps, ses besoins et de ne plus se faire soumettre par les normes et la médicalisation.

 

 

Et après ?

 

Après l’accouchement ? eh bien après on en parle encore moins ! les psy et les sexologues, à part les conseils aux parents visant à protéger leur vie intime en posant des limites claires aux enfants, ils n’en disent pas un mot. Pas un mot sur le désir qui peut changer, sur le désir qui peut avoir du mal à revenir, pas un mot sur la difficulté à se faire à la nouvelle configuration familiale, pas une piste de réflexion sur les tabous et les interdits qui peuvent se chambouler dans nos têtes autour des questions de sexualité, de parentalité, d’enfance, d’inceste et de corps. Et je ne parle même pas des adeptes du « co-dodo » qui se prennent des levers de bouclier dès qu’ils/elles osent avouer qu’ils font l’amour pendant que leur petit dort dans leur lit.

Et chez les sages-femmes et les spécialistes de la pédiatrie ? Eh bien pas grand chose non plus. En tout cas pas de réponses claires, concrètes, ouvertes. Parce qu’il y en a pourtant des questions précises et des peurs chez les jeunes parents.

Eh bien tout cela nécessite également d’être dépoussiéré, d’être nettoyé des vieux interdits freudiens, des tabous sociaux et des stéréotypes. Cela prendrait encore plusieurs articles pour développer tout cela, comme d’ailleurs la question de la sexualité pendant la grossesse que je n’ai fait qu’évoquer. Ce sera probablement le thème de mes prochains articles !

[1] Je parlerai ici de « personne qui porte le bébé » et de deuxième parent afin de ne pas réduire la parentalité à un couple hétérosexuel homme/femme. Même si la plupart des personnes qui portent des enfants se reconnaissent comme femme, un certain nombre d’individu ne s’identifie pas à cette catégorie. De plus, de plus en plus de trans FTM (femme vers homme) portent des enfants. Enfin, le second parent n’est pas forcément un homme, un père.

NON, L’AMOUR NE DURE PAS QUE 3 ANS ET LE DÉSIR NON PLUS : PISTES POUR GARDER OU RETROUVER L’ATTIRANCE SEXUELLE DANS UN COUPLE

 

Pour en finir avec les visions fatalistes du désir dans les relations à long-terme

 

Parmi les thèmes que je n’ai pas abordé dans mes livres, il y a celui de la sexualité et du désir dans les relations amoureuses et/ou conjugales. J’aimerai vous donner quelques pistes de réflexions sur la question du désir dans les relations amoureuses, à partir notamment des travaux de penseur/es féministes pro-sexes et humanistes.

Dans ce domaine, une vision négative et défaitiste imprègne largement les considérations sur le sexe dans les relations amoureuses et conjugales. Quant à la littérature des psy sur les relations conjugales, elle reste quasi exclusivement consacrée aux couples hétérosexuels et elle est assez défaitiste et déprime elle-même.

La question de la perte de désir dans les couples d’hommes n’a pas fait l’objet de beaucoup d’attention dans la littérature psy traditionnelle, en raison notamment du stéréotype selon lequel les hommes gays favorisent les rencontres sexuelles épisodiques et les relations ouvertes et non-monogames.

Quant aux couples de femmes, les études sont encore plus rares mais tendent généralement à corroborer le cliché du « lesbian bed death » (littéralement la « mort du lit lesbien ») qui repose sur la croyance selon laquelle les femmes sont peu portées sur la sexualité et que dans un couple de femmes, « il n’y en a pas une pour rattraper l’autre » [1].

Aux ouvrages moralistes des médecins sexologues et autres directeurs de conscience du XIXe siècle, et jusqu’aux années 1960[2], exhortant les gens à se marier et à limiter leur vie érotique à la sphère conjugale, s’est substituée une nouvelle génération de thérapeutes qui semblent avoir jeté l’amour avec les saints sacrements du mariage[3]. En effet, les études abondent sur l’amenuisement du nombre de rapports (hétéro)sexuels dans les relations au long cours et sur la perte fatale de désir pour un/e partenaire régulièr/e.

De plus, les croyances sur le vieillissement et la conception de la sexualité réservée aux personnes jeunes, belles et valides, culpabilisent les personnes de plus de 60 ans qui désirent avoir une vie sexuelle et invisibilisent celles/ceux qui continuent d’avoir du désir après des décennies de vie commune ou à 80 ans passés. Pourtant, si l’on en croit une enquête effectuée au Québec, plus de la moitié des personnes de 65 à 74 ans (60,4%) affirment avoir de l’intérêt pour la sexualité et la majorité des plus de 75 ans (52%) confirment ne pas avoir perdu leur attrait pour la vie érotique[4].

La sexologue Margaret Wade confirme qu’en dépit des normes sociales qui prescrivent aux gens de se désintéresser de la sexualité au fur et à mesure qu’il/elles vieillissent, les individus ressentent généralement plus de satisfaction dans leur vie sexuelle en prenant de l’âge[5]. Les femmes qui ne vivent pas dans des sociétés agistes[6] rapporteraient même avoir ressenti une amélioration de leur libido après la ménopause, contrairement à celles qui vivent dans des cultures saturées par les messages qui dépossèdent les femmes – et particulièrement les femmes âgées – de leur sexualité.

Pourquoi les couples qui continuent d’avoir du désir et des relations sexuelles après 30 ou 40 ans de vie commune n’intéressent-ils pas plus les « psy » ? Pourquoi les solutions et stratégies misent en place par les partenaires ne font-elles pas l’objet d’investigations poussées ? Pourquoi la dissolution du désir dans les relations de longue durée est-elle conçue comme inévitable, fatale et irrémédiable ? J’émets l’hypothèse que la croyance en l’innéité et en la naturalité du désir implique l’idée selon laquelle le désir n’a pas à être provoqué, entretenu ni maintenu.

Cette vision d’une attirance érotique « magique » et inexplicable implique son versant pessimiste, à savoir l’idée que lorsque le désir s’affaiblit, voire disparaît, il n’y a rien à faire et que c’est tout aussi naturel et inexplicable que lorsqu’il était présent.

Des recherches ont montré comment les idées romantiques, véhiculées par les films d’amour, les magazines féminins et les contes pour enfants (selon lesquelles « LA bonne personne » saura lire dans nos pensées ; le sexe sera fantastique avec il/elle et qu’il n’y aura nul besoin avec il/elle de se disputer ou d’expliquer) les choses mènent à des relations amoureuses et sexuelles moins satisfaisantes et à une plus grande détresse en cas de conflit ou de problème.

 

Accueillir le changement et l’impermanence des choses

 

Mon approche humaniste et inspirée par la Pleine Conscience me pousse à concevoir l’être humain et ses désirs comme nécessairement fluides, changeants et construits par les interactions sociales et les contingences du désir. Dans ce contexte, il est illogique et vain d’attendre qu’une envie sexuelle spécifique (d’une pratique, d’un/e partenaire, d’une mise en scène) perdure durant toute notre vie.

La sagesse bouddhiste, sur laquelle se fonde la Pleine conscience, apprend à reconnaître « la nature éphémère de toute chose » et soutient qu’une grande partie de nos souffrances et de nos déceptions provient de notre peur du changement. « Comprendre que le changement est inscrit dans la nature de tous les phénomènes du monde animé ou inanimé nous évite de nous accrocher aux choses comme si elles devaient durer éternellement » écrit le moine bouddhiste Mathieu Ricard[7]. Si l’on souscrit à l’hypothèse que nous sommes des êtres en évolution et en changeant perpétuel, alors il devient insensé d’imaginer que nous avons et nous aurons toujours envie de la même chose.

Prendre plaisir à jouer du piano nécessite à la fois une pratique régulière et un intérêt sans cesse renouvelé. Si nous jouons quotidiennement la même mélodie, aussi plaisante et satisfaisante soit-elle, il est très probable que nous finirons par détester cette partition et par arrêter de jouer du piano. Si au contraire nous relançons de temps à autres notre intérêt en apprenant de nouveaux airs, en découvrant de nouvelles mélodies, au risque de nous tromper et de devoir réapprendre, notre intérêt pour la musique sera maintenu et stimulé. Il me semble qu’une approche du désir influencée par cette métaphore musicale, héritée de la pensée bouddhiste de la Pleine conscience, permet de comprendre les pertes de désir si fréquemment rencontrées par les couples qui consultent un/e thérapeute.

 

 

Vers un nouveau travail relationnel : l’entretien du désir

 

Souscrire à une conception du désir comme résultant d’un travail vigilant d’entretien et de renouvellement nécessite bien plus d’effort que la position fataliste qui consiste à laisser s’épuiser l’envie d’un/e partenaire avant de relancer son désir avec un/e autre personne. C’est aussi bien plus gratifiant et efficace[8]. Bien sûr, il ne s’agit pas ici de dire qu’il suffit de chercher à maintenir le désir dans un couple pour qu’une relation amoureuse fonctionne. Il y a bien d’autres raisons qui peuvent amener deux êtres humains à se séparer. Il n’est pas non plus dans mon intention ici de culpabiliser les individus, pour ce qu’il/elles seraient feignant/es ou fatalistes, mais de prendre conscience de l’influence puissante des stéréotypes culturels sur l’amour romantique, le Prince charmant et les contes de fées. Les théories psy  qui corroborent de tels stéréotypes sapent les efforts des thérapeutes et des patient/es désireux/ses de retrouver le désir pour leur partenaire et je n’entends pas souscrire à de telles inepties.

Une des bases de ce travail d’entretien du désir ce serait d’accueillir, accepter et communiquer à son/sa partenaire nos fantasmes, envies, besoins et limites. Dans bien des cas, les problèmes sexuels de beaucoup de couples ne reposent pas sur le « trouble » de l’un/e des deux partenaires (panne d’érection, vaginisme etc) mais sur la perte d’intérêt pour les rapports sexuels. S’il est bien commode et pas trop embêtant de mettre cela sur le dos de l’inévitable perte du désir, il me paraît beaucoup plus intéressant d’aller chercher les raisons qui ont amenées cet ennui parfois partagé :

Le manque de satisfaction ? pourquoi pas, il est vrai que si l’on est régulièrement déçue ou pas traitée comme on le veut dans la sexualité, il y a fort à parier qu’on se détourner de cette activité.

Un certain caractère répétitif ? hum, pas impossible. Rien n’est plus ennuyeux que de faire toujours la même chose, quelle que soit l’activité.

La non-réalisation de vos envies ou de vos fantasmes ? c’est possible, si ça ne ressemble jamais à ce dont vous avez envie, vous allez finir par passer votre tour.

Et je pourrais continuer comme ça longtemps à énumérer les raisons qui font qu’on finit par se dire : « du sexe ? bof, autant regarder la télé ».

 

 

 

Bon, mais alors, qu’est-ce qu’on fait ? ON SAUTE !

 

La sexothérapeute Peggy Kleinplatz soutient que ce qui peut être effrayant dans le fait de se confronter avec ses désirs les plus inavouables est aussi ce qui les rend si excitants, si euphorisants et tellement inoubliables[9].

Réussir à jouir systématiquement lors d’un échange érotique ne suffit pas à nous épanouir sexuellement. Selon elle, l’ennui surviendrait dès lors que nous avons cessé d’explorer le jardin secret de notre/nos partenaire/s pour se cantonner aux quelques caresses que l’on sait efficaces pour le/a faire parvenir à l’orgasme.

Dans ce domaine, la curiosité, la créativité et la prise de risques (« va-t-elle apprécier si je lui mords le sein ? », « Aimera-t-il que je me déshabille devant lui ? », « Va-t-il être excité que je refuse ses avances ? ») sont autant d’éléments qui participent au maintien, à la régénération et à la circulation du désir au sein d’un couple.

La sexothérapeute Suzanne Iasenza considère pour sa part qu’il est important de faire émerger la part queer (bizarre, dérangeant, inattendue) du désir pour s’épanouir sexuellement[10]. Dans le cadre de ses thérapies de couple, elle encourage ses patient/es à verbaliser individuellement, puis en présence du/des partenaires, leurs fantasmes et leurs envies non encore avoués. Sans ce partage et cette curiosité, les êtres humains finissent par se détourner de la sexualité jugée ennuyeuse (répétitive, déjà connue, limitée) ou dangereuse (susceptible de faire jaillir de l’inconnu, des désirs interdits, de l’incompréhension entre soi et autrui, du jugement).

Accueillir le changement en soi, chez nos partenaires et dans notre vie, nécessite également une capacité d’écoute non-jugeante et un réel intérêt pour la subjectivité sexuelle de son/sa/ses partenaires[11]. Mais parfois la vie fantasmatique peut être difficilement conciliable avec la vie sociale, familiale et maritale choisie. Le thérapeute californien Patrick Califia reconnaît que la capacité à découvrir le jardin secret de son/sa conjoint/e peut être une épreuve très douloureuse et que cela demande beaucoup de courage de redéfinir une relation amoureuse et une façon d’avoir des rapports sexuels établies depuis des années[12]. Ces étapes peuvent être favorisées par une thérapie de couple à condition qu’elle soit un espace de liberté et de non-jugement.

Lorsque deux amant/es réussissent cette gageure, cela peut s’avérer très puissant et permettre de lier encore plus intimement les partenaires.

 

[1] Pour une analyse critique de cette notion, voir les travaux de la sexothérapeute Margaret Nichols et notamment son article : Lesbian sexuality/female sexuality : Rethinking «lesbian bed death», Sexual and Relationship Therapy, novembre 2004, vol. 19, n° 4, p. 363-371.

[2] MUCHEMBLED Robert. L’orgasme et l’Occident : Une histoire du plaisir du XVIe siècle à nos jours, Paris : Seuil, 2005, 382 p.

[3] Pour une étude sur la place de la sexualité dans les relations conjugales, voir BOZON Michel. La nouvelle place de la sexualité dans la constitution du couple, Sciences sociales et santé. 1991, vol. 9, n°4, p. 69-88.

[4] POUDAT François-Xavier. Sexualité, couple et TCC, t. 2, Les Difficultés conjugales, Issy-Les-Moulineaux : Elsevier Masson, 2011, XI-206 p.

[5] Sur ce point voir par exemple l’article de la sexologue psychocorporelle WADE Margaret L. Sex as We Mature: It Only Gets Better ! Open Exchange, Janvier 2005.

[6] Le terme agiste signifie qui discrimine les personnes selon leur âge et qui favorise la jeunesse.

[7] RICARD Matthieu. L’Art de la méditation, Paris, Nil, 2008, p. 49.

[8] HOLMES B.M. In search for my « one and only » : Romance-oriented media and beliefs in romantic relantionships destiny, Electronic Journal of Communication, 2007, vol. 17, n°3.

[9] Kleinplatz Peggy J., “Learning from Extraordinary Lovers. Lessons from the Edge”, Journal of Homosexuality, 50:2-3, 2006, p. 325-348.

[10] IASENZA

Suzanne. What is Queer About Sex? Expanding Sexual Frames in Theory and Practice, Family Process , 2010, vol. 49, n°3, p. 291-310.

[11] POUDAT François-Xavier. Sexualité, couple et TCC, t. 1, op. cit. p. 15.

[12] CALIFIA Patrick. Sensuous Magic : A Guide to S/M for Adventurous Couples, San Francisco : Cleis Press, 2001, p. 4.

Le puits sans fond du narcissisme et ses conséquences sur la sexualité féminine

Narcissisme, le mot est lâché.

 

Mon intention ici n’est pas de ressortir le vieux concept de narcissisme freudien comme caractéristique psychique des femmes.

Mon idée est de montrer que notre société et l’éducation que l’on donne aux enfants associent, chez les filles et les femmes, leur valeur à des critères esthétiques, alors que pour les hommes, les critères sont à la fois plus variés et moins fondés sur leur apparence que sur ce qu’ils font. En gros, pour avoir de la valeur, une femme doit être jolie, séduisante, mince, féminine… Tandis qu’un homme doit être intelligent, brillant, riche, doué, fort… Bref, on sait tout ça.

On sait aussi que cette différence est insufflée, dès le plus jeune âge, chez les petites filles, lorsqu’on leur répète qu’elle nous font plaisir en étant jolies et bien habillées, qu’elles ne sont pas gentilles parce qu’elles se sont salies ou qu’elles ne veulent pas porter de jupe pour aller dîner chez grand-mère, mais aussi avec les images de concours de beauté, l’exigence d’être séduisante-mais-pas-trop pour aller à un rendez-vous de travail etc. Et ceci est répété dans les films au cinéma, à la télé, dans les journaux et partout sur les affiches publicitaires.

L’effet que ça a, outre les heures passées à se préparer avant de sortir de chez soi, c’est que beaucoup de femmes ont, en grandissant, bien du mal à ne pas se sentir diminuées lorsqu’elles sont vues sans maquillages, à ne pas fondre en larme si quelqu’un les trouve laides et à ne pas s’obliger à associer féminité, élégance et érotisation lorsqu’elles choisissent une tenue de travail.

Mais plus problématique encore, parce que cela peut entraîner de grosses prises de risque, l’érotisation et l’objectification de soi peuvent être vues comme l’unique façon de se re-narcissiser pour certaines femmes à l’estime de soi très basse. Ceci conjugué à la mode actuelle du selfie et du grand déballage intime sur facebook, un grand nombre de femmes peuvent se retrouver amener à publier des photos d’elles nues sur internet, à accepter des conditions de travail déplorables dans l’industrie pornographique ou à se faire maltraiter par leurs partenaires sexuels dans l’unique but de se sentir belles, désirables – c’est-à-dire valables selon le critère de validité principal de la féminité.

Je ne cherche pas, en écrivant cela, à dire que jouer avec sa séduction ou être travailleuse sexuelle serait forcément le signe d’un trouble de l’estime de soi et que ce serait forcément une mise en danger. Tout cela peut entièrement être fait avec choix, plaisir et respect en fonction du contexte et des partenaires. Mais ce qui me semble dangereux, c’est lorsque les femmes ne connaissent qu’une seule façon d’être validées par le regard extérieur et que celui-ci passe par le fait de se faire objet et non plus sujet.

Le problème est que cette objectification peut mener à une mise en danger de soi, à subir de l’irrespect, voir de la violence. Et que ce mode de validation n’a pas un effet pérenne puisqu’il doit sans cesse être réaffirmé par le regard extérieur et qu’il se base sur un objet, notre corps, qui va plutôt devenir moins bien que mieux (à la différence de nos qualités intellectuelles ou artistiques).

Je ne dis pas ça non plus pour culpabiliser celles qui le font, car je sais combien il est difficile de se trouver de la valeur en dehors du regard masculin, en dehors des critères de beauté physique sur le marché de la séduction. Les femmes ont tellement grandi avec l’idée qu’elles devaient plaire avant tout qu’elles ne savent pas toujours faire autrement et que cela demande un véritable travail d’abandonner la séduction permanente et de comprendre qu’elles peuvent exister et être apprécier pour autre chose que pour leur physique. Sans compter que faire le travail de son côté n’est pas toujours suffisant puisque la société ne fait pas toujours sa part d’évolution et continue trop souvent de cantonner les femmes à des rôles de jolies potiches.

Mais je tiens à redire combien il est inutile et dangereux de jouer le jeu de dupe qui consiste à se plier aux désirs d’hommes peu scrupuleux et malveillants sous prétexte d’obtenir reconnaissance, amour ou compliments. C’est un piège, car tant que vous n’aurez pas résolu votre manque de confiance en vous, tant que votre estime de vous-même sera basse, vos besoins d’être narcissisées seront sans fin. Et vous serez très vulnérables et très dépendantes du regard d’autrui.

Être autonome c’est choisir le respect plutôt que l’amour à tout prix. De là pourra venir le véritable amour, celui qui s’accompagne de la bienveillance, du consentement et de l’épanouissement.

 

Alors que faire ?

 

Eh bien, tout d’abord, refuser de faire des choses (qu’elles soient sexuelles ou non) pour faire plaisir aux autres, mais les faire pour soi.

Dans la vie sexuelle, ça n’est pas toujours évident de savoir ce qui nous fait plaisir à nous, tellement nous nous sommes construites en fonction du désir et du plaisir masculin. Pour les lesbiennes qui n’ont jamais connu d’homme c’est parfois plus facile, que pour les hétéros, d’être connectées à leurs envies et leurs plaisirs. Mais globalement, apprendre à entendre nos envies c’est souvent le début d’un long processus de découverte et d’épanouissement. Ce travail peut se faire, ou non, accompagné d’un/e thérapeute, de bonnes lectures ou de discussions entre ami/es.

 

Et après ?

 

Après, il faut assumer ses émotions, ses sentiments, ses envies, ses besoins et ses limites. Se dire qu’ils sont aussi valables que ceux des autres, aussi légitimes et qu’ils ont le droit d’être respectés. Et puis il faut les communiquer aux autres. Et c’est là que le bas blesse, car ce que l’on a à communiquer ne va pas toujours être bien reçu, ni même entendu, ni respecté. Mais il faudra tenir bon, répéter, patiemment, de façon bienveillante et assumer encore et toujours. Si vos besoins, vos sentiments et vos envies n’arrivent pas à être respectés. Alors il faudra peut-être envisager que votre/vos partenaire/s ne sont peut-être pas la/les bonne/s personne/s pour vous. Et ne surtout pas remettre en question ce que vous ressentez en pensant que ça vient de vous et que vous avez des envies ou des besoins anormaux et illégitimes.

 

Un dernier conseil ?

 

Lisez What you really really want, de Jaclyn Friedman. Ecoutez-vous, écoutez votre corps, vos sensations, vos émotions. Pratiquez la méditation de pleine conscience. Parlez à vos ami/es. Et si vous n’y arrivez pas toute seule, prenez contact avec un/e thérapeute qui vous aura été recommandé/e et en qui vous avez confiance. Mais essayez, vous allez y arriver.

 

Pleine conscience, relaxation, émotions et épanouissement corporel

 
Qu’est-ce que la thérapie par la Pleine conscience ?
La thérapie par la Pleine Conscience, Mindfulness en Anglais, c’est une technique inventée par le médecin nord-américain Jon Kabat-Zinn en 1975.
Plus précisément, c’est une pratique thérapeutique inspirée de la méditation bouddhiste, qui permet d’abaisser le niveau de stress psychique et physique, et donc de traiter les problèmes d’anxiété, de phobies, de douleurs physiques et de dépression.
Comment ça marche la méditation de Pleine Conscience ?
Comme la méditation bouddhiste, la Pleine conscience émet plusieurs hypothèses :
1° accepter ce que l’on ne peut pas changer apporte du mieux-être
2° accueillir toutes les émotions, y compris les émotions négatives, permet de se libérer plutôt que de s’épuiser à essayer de rejeter ce qui est déjà là en nous
3° reconnaître que rien n’est éternel et abandonner l’idée de posséder les choses ou les gens est libérateur
4° distinguer nos pensées de la réalité offre la possibilité de mettre à distance nos jugements et d’offrir un regard neuf sur nous-même, sur les autres et sur la vie
5° être dans l’ici et maintenant plutôt que dans les ressassements du passé ou les anticipations stressantes sur le futur
Dans la pratique, il s’agit de pratiquer la méditation avec l’unique volonté d’être présent/e à ce qui est là, au moment où nous pratiquons la méditation, à chaque instant, moment après moment. Et ce, sans jugement aucun ni interprétation.
Ce qui est là c’est aussi bien les sensations corporelles, que les pensées qui viennent à notre conscience, que les sons et les images autour de nous. Méditer, ça n’est ni faire le vide, ni forcément se fixer sur un objet (même si cela peut être un exercice de fixer notre attention sur notre respiration ou la flamme d’une bougie), ni se relaxer.
Ce travail de méditation, qui consiste uniquement et inlassablement, à ramener notre conscience à ce qui se passe en nous (et également en dehors de nous), lorsqu’il est répété régulièrement, modifie profondément et durablement notre capacité à ressentir les choses, à accueillir les sensations corporelles, à ne plus nous juger, à être attentif/ve aux signaux de notre corps sans les rejeter ou les ignorer.
À quoi ça sert concrètement pour me sentir mieux dans mon corps ?
Concrètement, s’accepter tel/le que l’on est, sans abandonner pour autant l’idée que l’on peut s’améliorer, permet d’améliorer notre estime de nous-même et, grâce à cela, d’améliorer notre rapport à notre corps et à notre sexualité.
De la même façon, accueillir nos émotion, nos sentiments, nos besoins et ressentir nos limites, est un excellent point de départ pour nous connaître mieux, nous épanouir physiquement et communiquer véritablement avec nos partenaires.
Admettre que rien n’est éternel, ni les relations affectives, ni les goûts et les envies des uns et des autres, ni la personnalité des personnes, est un travail difficile mais qui est une bonne façon d’accepter les changements inévitables de la vie, des liens amoureux, du désir, des corps et des façons de vivre. Accepter le changement permanent c’est embrasser la liberté d’être et de laisser être les autres.
Quant à l’exercice qui consiste à distinguer nos pensées de la réalité, c’est un exercice de base de la méthode de Jon Kabat-Zinn. En effet, comme nous l’avons vu, la méditation de Pleine Conscience passe par la prise de conscience des pensées, des jugements et des idées que nous formulons sans cesse, sans même s’en rendre compte. Ce travail, permet de considérer nos pensées comme des objets produits par notre cerveau, qui n’ont pas de valeur de vérité.
Lorsque nous nous répétons sans cesse que nous sommes nul/les, gros/ses ou moches, ça n’est qu’un produit de notre pensée, qui est le fruit de notre histoire, mais qui n’est ni vrai ni faux. En revanche, ce sont des pensées qui ont un effet négatif bien réel. Remplacer ces pensées négatives, par des pensées positives améliorera sensiblement notre estime de nous-même et notre quotidien.
Ceci étant lié à la dernière hypothèse qui affirme qu’être dans l’ici et maintenant est bien plus épanouissant que de ressasser des choses du passé (« mon père m’a toujours dit que j’étais nul/le donc je continue à penser que je le suis », ou encore, « je n’ai jamais réussi à rester en couple plus qu’une année donc je n’y arrivera jamais »). Et comme je le disais plus haut, rien n’est éternel donc ça n’est pas parce que l’on a été comme si autrefois, ou qu’on a fait cela plusieurs fois, qu’on le sera ou qu’on le fera toujours.
Est-ce que je peux pratiquer chez moi ?
Oui, on peut tout à fait pratiquer cela chez soi, sans personne.
Jon Kabat-Zinn a mis en place un protocole de 8 semaines de pratique de la méditation de Pleine Conscience, avec une partie d’exercices en groupe et une partie d’exercices à faire soi-même à la maison. Parmi ces exercices il y en a qui sont très simples, comme celui qui consiste à faire la vaisselle en pleine conscience ou prendre un repas en pleine conscience, et d’autres qui peuvent être faits avec des enregistrements audio.
Le plus important étant de le faire régulièrement et avec plaisir, sans se juger si l’on n’y arrive pas comme on veut. Il n’y a pas de « bonne » façon de faire, uniquement une façon d’être conscient/e ou pas.